La tombe TT 277 de Ameneminet

La petite chapelle de la tombe 277 se situe dans la nécropole thébaine, plus précisément sur la colline de Gournet-Mouraï. Elle appartient à Ameneminet (ou Amenemonet), un prêtre au service du dieu Ptah-Sokar dans le Temple de Millions d'Années du roi Amenhotep III. Bien qu'elle soit inachevée, elle est dans un bel état de conservation. Sa décoration présente quelques-unes des caractéristiques de l'art ramesside, qui, par exemple, ne respecte plus les proportions - comme le faisaient les artistes de la XVIIIe dynastie -, une caractéristique de la fin de la XIXe dynastie, qui s'accentue sous la XXe dynastie. C'est donc vraisemblablement de cette époque que date la sépulture.
La tombe fut découverte en 1917 par Lecomte du Nouÿ, en même temps que sa voisine, TT 278, d'un dénommé Amenemheb, dont elle partage la cour.

Le personnage et sa famille

Son nom signifie "Amon de la Vallée". La Vallée, parfois dite Vallée de l'Occident, désigne le cirque au fond duquel se trouve le temple d'Hatchepsout à Deir el-Bahari, sur la rive ouest. Ce temple ainsi que celui mitoyen de Montouhotep sont d'ailleurs des étapes majeures de la Belle Fête de la Vallée.

Fils de la dame Tadjeseretka, il est l'époux de la "chanteuse d'Amon" Nefertari. Cinq enfants sont mentionnés dans la tombe : un fils, Kenamon, qui porte le titre de "Prêtre de Ptah", et quatre filles dont les noms sont presque illisibles. Aucune étude généalogique n'est possible, car aucun autre parent n'est cité.

Nous ne savons rien de la carrière d'Ameneminet, si ce n'est son titre de "Père divin de Ptah (ou de Ptah-Sokaris) " dans le Temple de Millions d'Années bâti à la XVIIIe dynastie pour le fastueux Amenhotep III (environ 1390-1352 avant J.-C.), l'Amenophium.

L'Amenophium

Il s'agit du plus grand des temples de ce type (souvent appelés de manière réductrice 'temples funéraires'), construit sur le site de Kom el-Hettan (où les archéologues retrouvent régulièrement des statues, comme vous le savez si vous êtes abonné à la Newsletter d'Osirisnet). Aujourd'hui ruiné, il s'étendait jadis sur 500m vers la montagne thébaine à partir des colosses de Memnon.
Le fonctionnement de l'édifice a commencé bien avant le décès du souverain, comme l'a expliqué Leblanc (Memnonia 2012) :
"Mémoriaux à fonction liturgique, mais aussi centres économiques et administratifs. (…) de récentes recherches ont enfin clairement démontré que leur vocation initiale était surtout associée à la divinisation royale, celle-ci pouvant être proclamée durant le règne du souverain (…). Œuvres personnelles, conçues et mises en activité du vivant du pharaon, ces fondations avaient également pour but de glorifier et d'éterniser (…) les grandes actions qui furent tout à l'honneur de leurs constructeurs respectifs. Que ce culte royal puisse perdurer le plus longtemps possible après l'existence terrestre de tout pharaon était incontestablement le vœu, ou mieux le défi que l'institution devait relever, justifiant le qualificatif de 'Temple de Millions d'Années' (…). Dépositaire de richesses considérables, le temple était un véritable satellite économique du pouvoir central et une forteresse maintenue sous haute surveillance".
Le monument était dédié à un dieu principal, et accueillait des divinités secondaires, tels Ptah ou Sokar.
On peut se faire une idée de ce que nous avons perdu avec la destruction du monument d'Amenhotep III en regardant certains blocs magnifiquement sculptés et peints qui se trouvent actuellement dans , fils de Ramsès II, pharaon qui a largement puisé dans les blocs du monument de son prédécesseur.

Le décor - généralités

Ces éléments généraux ont été particulièrement bien mis en évidence par Eva Hofmann dans son étude magistrale sur le décor des tombes Ramessides (voir bibliographie).

À cette période, on constate dans les chapelles une augmentation des illustrations, déjà perceptible à la fin de la XIXe dynastie, qui culmine durant la XXe dynastie, au moment où l’effort pour donner une troisième dimension à une représentation plane de l’image est complètement abandonné. Le peintre ne se soucie plus des proportions canoniques en vigueur jusque-là - ce qui ne veut pas dire qu'il n'utilise pas une grille pour s'aider : le système de la grille est indépendant du canon des proportions (Robins). Ceci est particulièrement visible dans le rendu de certains personnages qui ont des membres disproportionnés. Ces nouvelles conventions, qui ne tiennent pas compte de l'anatomie osseuse, sont parfois poussées jusqu'à la caricature par la perte des proportions, de la fluidité du trait, de la forme et de la négligence portée aux détails. On le constate dans la tombe TT 277, par exemple dans la représentation des pleureuses qui accompagnent la procession des statues du roi Amenhotep III et de la reine Tiy (), ou au niveau des deux cercueils dressés devant l'entrée de la tombe (). On note aussi ici une autre caractéristique ramesside : le surdimensionnement des vêtements, tuniques, pagnes, devanteaux… avec des jeux de drapés loin des corps, ou de simples esquisses. Même les représentations animales, si soigneuses jusque-là dans l’imagerie égyptienne, sont parfois, sous la XXe dynastie, réduites à leur plus simple expression et figées ; ainsi, dans TT 277, les jambes des gardiens sont alignées sur celles des animaux, donnant une impression statique (). Autre nouveauté de l'art ramesside tardif, on voit que les femmes portent parfois des vêtements colorés, bleu clair, gris, jaunes ou rouges (voir photo de gauche où on remarquera également les bras atrophiques).

La cour et la façade

() En raison des démolitions et des rajouts successifs, il est difficile de retrouver le plan d'origine. La cour moderne mesure 8,5 × 5m, et sert de dépotoir et de latrines. Elle est commune à deux tombes, la TT 278 d'Amenemhab et la TT 277 d'Ameneminet qui nous occupe ; on y accède par une rampe moderne. Le sol de la TT278 est au même niveau que la cour (), tandis que celui de la TT 277 est plus bas de 2m () : les ouvriers ont dû creuser pour trouver un bon filon rocheux et bénéficier de suffisamment de roche au niveau du plafond. On descendait donc dans la chapelle par trois ou quatre marches. Cette situation en contrebas a également favorisé l'écoulement des eaux de pluie dans la tombe, expliquant la dégradation de la zone basse des parois.
La façade antique a complètement disparu, mais il n'y a guère de doute qu'elle comportait un linteau et des jambages en pierre et qu'une petite pyramide surplombait la porte d'entrée, comme nous le verrons représenté plus loin.

La tombe TT 277 - généralités

Datation : selon Kampp, la tombe TT 278 a, contrairement à ce que pensait Vandier, précédé la TT 277, cette dernière datant de la XXe dynastie.
Après être passé par l'embrasure décorée de la porte, on arrive dans une petite salle dont les peintures, conservées, se détachent sur un fond blanc bleuté, tandis que les textes sont écrits en hiéroglyphes colorés sur fond jaune. Puis rapidement on se rend compte que la pièce est très irrégulière : si l'aspect d'ensemble est celui d'un rectangle, aucun mur n'est droit, les angles sont arrondis, les parois mal aplanies, de même que le sol et le plafond tout bosselé. Ses dimensions approximatives sont de 3,40m de longueur nord-sud ; la paroi nord mesure 2,50m et la paroi sud 1,50m. Dans la paroi ouest, en face de l'entrée, on trouve une niche de 0,50 × 0,65 × 0,45m, destinée à recevoir une stèle, une statue ou un naos ().

Dans l'angle nord-est s'ouvrait un petit couloir descendant vers un caveau anépigraphe ; il est aujourd'hui bouché. Au bas de l'angle sud-ouest se trouve une petite ouverture, également bouchée () ; le plan de Kampp montre qu'elle communique avec une chambre souterraine sans rapport avec la sépulture initiale.
Entre la partie inférieure des scènes et le sol on trouve un bandeau constitué de six bandes rouges, jaunes, noires et blanches, puis une zone non peinte de hauteur variable ; au bas des parois nord et nord-ouest on ne trouve qu'une ligne noire et un mince espace non peint.
Le plafond est en grande partie effondré et de plus inachevé, entouré de cinq bandes colorées, bleu foncé, rouges et blanches ; au-dessus de la porte d'entrée, il s'agissait d'un motif en carrés ornés de fleurettes ou de points ().

Nous allons maintenant décrire les différentes parois en suivant les désignations de Vandier ()
La plupart des parois sont décorées de sujets de grande taille, occupant la hauteur des panneaux (A, A', F, F', G) ; le mur H est divisé en deux registres. Les parois C et D présentent un aspect totalement différent, car elles sont divisées en cinq petits registres comportant de petits personnages, le registre le plus bas étant le plus négligé, car le peintre a dû travailler au ras du sol, sur une surface mal préparée. Dans les registres supérieurs, l'artiste fait preuve d'une plus grande maîtrise. On note l'originalité de certaines scènes et détails, par exemple dans le registre des funérailles.

L'entrÉe

De part et d'autre on retrouve deux scènes qui étaient de très bonne facture, mais qui sont hélas fort abîmées de nos jours, montrant d'un côté le couple Ameneminet avec son épouse Néfertari, de l'autre Ameneminet seul ; tous les personnages sont tournés vers l'extérieur de la chapelle. Le style abouti de ces deux représentations tranche avec le décor du reste de la chapelle.

1) - Côté sud (à droite, plan A)

(, ). Le couple, tourné vers l'extérieur accueille les visiteurs. D'Ameneminet ne persistent qu'une partie de la tunique et le bas du torse. Néfertari est mieux conservée. Elle est vêtue d'une ample robe blanche, recouverte jusqu'à la taille par une tunique rouge. Sa longue perruque est cerclée par un bandeau tandis qu'un cône d'onguent est posé par-dessus. Elle lève la main droite en signe de bienvenue, tandis que sa main gauche enserre un sistre hathorique et une tige florale entourée de feuilles lancéolées correspondant à des liserons (indiquant l'arrivée sur la rive ouest du Nil où se trouvent les tombes, voir ). Elle porte des boucles d'oreilles et des bracelets, ainsi qu'un pectoral ousekh. On remarquera l'individualisation des ongles en blanc. Le texte qui surplombait cette scène a disparu.

2) - Côté nord (à gauche, plan A')

( et ) Ameneminet, tourné vers l'extérieur, les deux mains levées, rend hommage au disque solaire. Il ne porte ni perruque ni cône d'onguent sur son crâne rasé. Un pectoral ousekh s'étale sur son thorax, tandis qu'une bretelle passant par dessus l'épaule droite retient une longue jupe translucide doublée d'un pagne. Un texte d'accompagnement est disposé en cinq colonnes verticales devant lui (la première et une partie des deux suivantes ont disparu) et la fin du texte -un hymne à Osiris et à Rê - entoure son visage : "[…] le souverain de la nécropole, prince de l'éternité, maître de la pérennité, qui passe des millions (d'années) dans son temps de vie ; l'héritier de Geb, qui frappe les ennemis, Ounnefer […] devant le maître de l'univers, le prince des princes, le maître de la nécropole, le roi des rois, le grand des grands, le dieu divin qui est au sein de l'Ennéade […] le maître de la nécropole. Qu'il accorde d'entrer et de sortir (librement) de sortir du tombeau et de boire au plus profond du fleuve (?) ; que le Ba sorte à l'appel de son prêtre funéraire pour recevoir des offrandes durables pour lui, qu'il s'asseye sur […] qu'il accorde d'adorer Rê dans son lever, de recevoir deux pièces de terre dans les champs d'Ialou, avec les Kaou des dieux et de recevoir des offrandes, avant l'inondation, au moment de la fête du Nouvel An. Pour le Ka de l'Osiris, le prêtre-ouab, le prêtre lecteur, le père divin dans le temple de Sokaris, le préposé au sacré dans la maison d'éternité et le premier de ses compagnons en toute ville, Ameneminet, juste de voix, en paix".