Le pharaon Aménophis IV - Akhenaton décide en l'an 4 de son règne de rompre avec le clergé thébain, et ordonne la construction d'une nouvelle capitale vouée au dieu Aton en Moyenne-Egypte, Akhetaton (litt "l'Horizon du Disque", actuellement Tell el-Amarna). La ville prend forme entre l'an 5 et l'an 8, la Cour s'y installant autour de la famille royale.

Vingt-cinq tombes rupestres de nobles dignitaires du règne d'Akhenaton y ont été retrouvées. Parmi elles, celle d'Ay , un des personnages les plus influents du royaume.

LA TOMBE, GÉNÉRALITÉS

La tombe d'Ay à Akhetaton porte le numéro 25. Elle fut découverte en 1883 par Hay, remplie d'une grande quantité de poteries cassées et d'inhumations ultérieures. Elle ne fut dégagée entièrement que dix ans plus tard, en 1893.

Il s'agit de la tombe la plus à l'Ouest des tombes inscrites du groupe Sud; deux routes partant de la ville y conduisent (Voir les vues satellitaires , et ).
Elle aurait pu prétendre au titre de plus belle tombe de la nécropole de par sa taille et la qualité de ses reliefs, mais elle est aujourd'hui très endommagée (ces dégats datent de la vague iconoclaste de 1890), et ce titre s'appliquerait plutôt actuellement à la .

C'est pourquoi, en vue d'en livrer une étude la plus complète possible, nous ne nous baserons pas uniquement sur l'état actuel de la tombe (malheureusement dégradé), mais principalement sur les descriptions qu'en donnèrent ses découvreurs à la fin du XIXème siècle : les textes furent étudiés notamment par Hay et Lepsius, Norman de Garis Davies ayant par la suite effectué une bonne synthèse des informations connues sur le tombeau.

Les cartouches du dieu Aton représentés sur les reliefs permettent de dater approximativement la construction de la tombe : en effet, la forme des noms du dieu est antérieure au changement de ces noms, qui aurait eu lieu en l'an 9 du règne. La tombe semble donc avoir été entreprise avant l'an 9.
Comme les autres tombeaux de la nécropole d'Amarna, elle est inachevée. Cette interruption généralisée semble due à une instabilité encore mal expliquée : à partir de l'an 12, notre connaissance des événements du règne s'obscurcit.

Or, il est étonnant de constater l'état d'inachèvement du tombeau, s'agissant d'un personnage de très haut rang, et sachant que le temps dont il disposait aurait dû permettre a priori sinon d'achever totalement la tombe du moins d'avancer les travaux.
Certes, l'histoire du règne amarnien s'obscurcit à nos yeux vers l'an 12, mais cela a tout de même laissé à Ay au moins trois ans de travaux, et sans doute plus car il est peu probable que les constructions de tombes aient brutalement cessé en l'an 12 simplement parce que la situation a changé quelque peu à la Cour à ce moment-là.
En vérité, aucune des tombes privées d'Amarna n'est complète : la décoration des parois est souvent restée inachevée, et dans quelques monuments la chambre principale n'est que partiellement creusée (comme chez Ay). Seules deux tombes montrent qu'elles étaient prêtes à accueillir leurs propriétaires dans deux sépultures complètement excavées : les sanctuaires d'Any et Houya. Il n'est donc pas possible d'avancer une hypothèse fiable pour expliquer ce mystère concernant l'inachèvement des tombes. Néanmoins il est clair par le plan que le tombeau d'Ay a été conçu comme le plus vaste et le plus important, indication indubitable du statut de son propriétaire à la Cour.

LE PERSONNAGE

La tombe a été entreprise alors qu'Ay n'était encore qu'un haut dignitaire. Parmi ses titres, mentionnés à plusieurs reprises en divers endroits de la tombe :
- "scribe bien-aimé du roi"
- "porte-étendard à la droite du roi"
- "chef de toute la cavalerie de sa Majesté"
- De nombreuses épithètes courantes, telles que "Ami du roi" et "Chef des compagnons du roi".

Il porte aussi le titre de "père du dieu" (it netjer) ; cet important titre est sujet à controverse.
Si Otto Schaden a proposé de le rendre par "tuteur" (ce qui ne prend tout son sens que lorsque Ay devient le régent du petit roi Toutankhamon), Borchardt en a fait "beau-père du roi". Cette dernière interprétation a pu amener à faire d'Ay le beau-père d'Akhenaton, par conséquent le père de la reine Néfertiti. Cependant, la thèse selon laquelle Ay et sa femme Tiy seraient les parents de Néfertiti n'a jamais pu être étayée de preuve, bien que le titre de Tiy, "nourrice de la reine Néfertiti", ait pu être interprété en ce sens.

Ces charges importantes se maintiendront sous le règne de , avant qu'Ay ne devienne lui-même pharaon à la mort de ce dernier (sa tombe royale dans la Vallée des Rois porte le numéro KV23. Elle est , avec une visite virtuelle en 3D)

Ayant vécu et occupé des charges importantes sous les règnes d'Akhenaton, Smenkhkarê et Toutankhamon avant de devenir roi à son tour, Ay se révèle un excellent témoin et acteur à la fois de la révolution atonienne et de la restauration religieuse.
Sa tombe en Amarna est particulièrement révélatrice de l'esthétique et de la sensibilité religieuse à Akhetaton sous les règnes d'Akhenaton et de Néfertiti.

ARCHITECTURE DE LA TOMBE

Il s'agit d'un tombeau rupestre ; en tout, vingt-cinq tombes rupestres ont été mises au jour à Amarna (plus dix-huit autres plus petites, non numérotées).
À partir de la classification de Jacques Vandier, on peut distinguer cinq groupes principaux concernant les plans :
- Les trois premiers sont trois variantes du groupe cruciforme, avec deux grandes salles liées par un couloir. Par exemple, la tombe de Meryrê II, le responsable des appartements de la grande épouse royale Néfertiti.
- Le quatrième groupe correspond au plan en T avec couloir et salle à colonnes perpendiculaires.
- Le dernier groupe est celui des cas particuliers. Par exemple, la tombe d'Any (n°23), secrétaire du roi, avec escalier descendant, petit passage, long couloir, niche avec statue de culte.

La tombe d'Ay appartient au groupe en T, à ceci près qu'elle comporte un plus grand nombre de colonnes très rapprochées.
Les surfaces inscrites sont l'extérieur de la tombe, le couloir d'entrée, une partie du mur nord, du plafond et des colonnes, et la porte axiale du fond.

Plan d'après Norman de Garis Davies, pl 23 (G) et 22 (D)

1) - L'entrée

Une voie d'accès assez large mène en pente jusqu'à l'entrée de type traditionnel, réalisée à travers un épais mur de pierres.
Un petit couloir conduit à une salle à piliers ().
Seulement un peu plus de la moitié de cette salle a été réalisée. Douze colonnes en trois rangs de quatre se trouvent du côté gauche de l'allée centrale, et seulement trois ont été complétées du côté droit. Des lignes rouges au plafond témoignent du travail d'excavation en cours.
On remarque l'épaisseur des colonnes ainsi que leur rapprochement inhabituel les unes des autres ; la salle est une forêt de colonnes entre lesquelles il n'est pas aisé de circuler.
Le couloir d'entrée mesure approximativement 2,30 m sur 1,40 m. Quant à la salle elle-même, elle mesure un peu plus de 8m de large pour une longueur d'un peu plus de 11 m ; on pourrait supposer d'après les plans donnés par Norman de Garis Davies (sachant que le plan initial comptait vingt-quatre colonnes) que la longueur prévue aurait été de plus de 18 m.

2) - Les colonnes

()

La réalisation des colonnes est plus ou moins avancée (), seules les quatre situées près de la porte sont vraiment achevées.
Ces dernières sont du type le plus commun dans la nécropole, papyriforme fermé, et présentent l'iconographie amarnienne habituelle : sur les fûts, de petites scènes représentent Ay et Tiy adorant les cartouches d'Aton et ceux du couple royal ().
Les scènes sont positionnées en biais par rapport à l'entrée en ce qui concerne la première paire, puis, selon l'usage courant, à angle droit par rapport à l'allée centrale pour les suivantes. Les représentations sont gravées et peintes en bleu. Le reste des colonnes est d'un blanc pur ( et ).
Les architraves sont inscrites, les abaques des quatre colonnes terminées portent les titres d'Ay.

3) - Le plafond

Il est lui aussi décoré de façon traditionnelle de motifs géométriques, et inscrit ().
Il est achevé, ce qui témoigne de la traditionnelle façon de débuter la construction d'une tombe rupestre par le plafond, puis d'élargir ensuite ().
Norman de Garis Davies mentionne un fond couleur lie de vin et des dessins bleus, contrastant avec la blancheur des colonnes.

4) - Le reste de la tombe

Deux portes dont la réalisation n'a pas été menée à terme se trouvent du côté Est et dans l'axe de l'allée centrale. Seule la porte axiale est inscrite ( et et ).

Un escalier descendant de vingt-neuf marches grossièrement dégrossies part du fond Sud-Est de la salle. Il n'y a pas de chambre funéraire, ce qui est aussi le cas dans d'autres tombes amarniennes inachevées, telle celle de (n°4). L'escalier forme un angle vers la fin et aboutit à un trou qu'on a trouvé rempli de blocs de pierres.

PROGRAMME ICONOGRAPHIQUE ET TEXTUEL

Dans les tombes amarniennes, les figures des défunts seuls se trouvent à l'entrée. En dehors de cela, ils n'apparaissent pratiquement que dans des cérémonies solennelles où ils reçoivent des récompenses de la famille royale.
On trouve sur les murs en général plus de représentations du roi et de sa famille que du défunt et de son entourage. Cela tient au fait que la famille royale symbolise le lien entre ces défunts et Aton, devenant l'intermédiaire à qui rendre hommage.

Cinq thèmes majeurs se retrouvent dans les sépultures amarniennes : la famille royale en adoration devant Aton, la famille royale dans l'intimité, la visite au temple du couple royal en char, la récompense des hauts fonctionnaires, et la réception des tributs.

D'après E.-L. Meyers, le programme décoratif des tombes civiles amarniennes instaure des coupures nettes entre politique et religion.
L'entrée correspond ainsi au passage entre vie extérieure et monde funéraire. Une salle «politique» montre le mort dans son statut terrestre (récompenses des fonctionnaires, cérémonies civiles). Une autre salle, «funéraire et religieuse», porte des représentations liées au culte d'Aton.
Dans une même salle, une coupure est instaurée entre les scènes, selon leur disposition dans la pièce : un mur développe un thème et une composition uniques, mais il n'est pas directement lié au mur d'à côté.
Au lieu de compositions agencées à partir de divers éléments traditionnels et canoniques qui seraient juxtaposés, chaque mur est considéré dans son ensemble et décoré selon des thèmes innovants dans une composition unique.
Le décor des tombes civiles amarniennes développe donc un programme politique, funéraire et religieux, comme l'atteste parfaitement la tombe d'Ay.

L'EXTÉRIEUR DE LA TOMBE

A l'extérieur, l'encadrement de la porte est traditionnel, mais le linteau est tellement abîmé qu'on peut à peine encore distinguer la scène représentant le roi et la reine suivis de trois princesses, adorant Aton.

Les montants portent des prières inscrites sur six colonnes de chaque côté. En bas, un panneau représente Ay et sa femme à genoux ().
Les textes des montants présentent les titulatures d'Aton, du roi et de la reine, puis constituent une prière pour "le ka du favori du dieu parfait, le porte-étendard à la droite du roi, le scribe véritable du Roi qui l'aime, le père divin, Ay, qu'il vive éternellement". Les phrases reprennent la thématique du Grand Hymne à Aton : "Le disque vivant vient, celui qui se donne naissance à lui-même chaque jour. Le pays est en fête quand tu te lèves…"

LE COULOIR D'ENTRÉE

1) - Les montants intérieurs

Les montants intérieurs sont presque entièrement détruits. Il nous faut donc nous baser sur les relevés effectués par Hay et Lepsius ().
Le début des textes reprend les titulatures de l'Aton et du couple royal énumérées sur les montants extérieurs, puis les inscriptions constituent un discours prononcé par Ay, sorte d'éloge autobiographique mettant en avant ses qualités :
"J'étais le favori de son maître dans la vie quotidienne. Mes récompenses étaient chaque année plus importantes que l'an passé, de par l'importance grandissante de mon excellence dans son cœur. Il multiplie pour moi les récompenses tels des grains de sable, car je suis le chef des grands, à la tête des rekhyt. […] O vous tous qui vivez sur terre, chaque génération qui naît, j'affirme devant vous cette façon de vivre, je vous rends témoins des récompenses ! Puissiez-vous lire mon nom à cause de ce que j'ai fait ; (car) j'ai été un juste sur la terre."

2) - Paroi Est de l'entrée

Cette paroi présente un exemple de la fréquente représentation de l'adoration d'Aton par la famille royale (). Le mur a beaucoup souffert au sommet et l'on peut voir les coupes droites dues aux trafiquants d'antiquités.
Le roi et la reine, coiffée de la couronne atef, sont suivis de trois princesses. On distingue au registre supérieur la sœur de la reine, la princesse Moutnedjemet (ou Moutbeneret, selon la lecture qu'on fait du signe vertical allongé, 'ndm' ou 'bnr'), avec ses deux nains et des courtisans.
Les nains, qu'on retrouvera à ses côtés sur le mur nord de la tombe, ont des noms qui pourraient, d'après Norman de Garis Davies, avoir été choisis par dérision : le premier, une femme d'après le déterminatif de son nom, est désigné par "le vizir de la reine, Erneheh", le second, un homme, est "le vizir de sa mère, Parê".

En dessous se trouve une longue prière accompagnée d'une représentation d‘Ay et Tiy à genoux, texte qui une fois de plus combine les louanges à Aton dans la veine propre au Grand Hymne ainsi qu'un éloge des défunts visant à leur conférer la bienveillance du dieu ( et et . Voir aussi )

"Quand il se lève dans le ciel, il se réjouit pour son fils ; il l'embrasse de ses rayons ; il lui donne l'éternité en tant que roi comme l'Aton, Neferkheperourê Ouaenrê, mon dieu qui m'a fait et qui a fait advenir mon ka. […] Le père divin, porte-étendard à la droite du roi, chef de toute la cavalerie de sa Majesté, scribe véritable du roi qui l'aime, Ay, dit : 'J'ai été loyal envers le roi…'".

3) - Paroi Ouest de l'entrée

On retrouve ici comme à l'extérieur des représentations d'Ay et Tiy à genoux adorant Aton ( et et ). Elles donnent un bon exemple du style amarnien au modelé doux tout en courbes accentuées. Les visages sont assez mal conservés, mais on remarque l'élégance des figures : jeux de transparence des vêtements, colliers, bracelets et mèches de cheveux détaillées avec précision.

L'Hymne à Aton.

C'est ici que l'on trouve le texte que l'on appelle le Grand Hymne à Aton.
Malgré la détérioration actuelle du mur, il s'agit de l'exemplaire le plus complet que l'on connaisse ().
Il fut heureusement copié par U. Bouriant à la fin du siècle dernier, avant d'être partiellement détruit en 1890 ().
Le Grand Hymne à Aton passe pour avoir été rédigé par Akhenaton lui-même. Il décrit minutieusement l'action bénéfique et universelle du soleil. Il s'agit de dix strophes de douze vers, traitant de deux thèmes prédominants : le cycle quotidien du soleil, et la Révélation du dieu à son fils Akhenaton.

Cinq versions abrégées (dites du Petit Hymne à Aton) ont été retrouvées dans d'autres sépultures des dignitaires d'Amarna : les tombes n°4 de , n°8 de Toutou, n°9 de Mahou, n°10 d'Apy et n°23 d'Any. On peut supposer que les hymnes à Aton constituaient des textes liturgiques, destinés à être récités lors du culte dans les temples d'Akhetaton. Ils possèdent une métrique analogue à celle de notre poésie.
Vous pouvez voir une représentation du Grand Hymne sur (et une autre sur ) et une traduction Française de larges extraits dans l'article .

4) - Le plafond

().

A. Plafond de l'entrée, bandeau Ouest

"Louange à toi, Aton vivant qui a fait le ciel [et les choses cachées ?] qui y sont. […] son temps est allongé (?) de millions de fêtes-Sed. C'est la Grande Épouse Royale, son aimée, la Maîtresse des Deux Terres, Néfertiti, qu'elle vive pour le temps infini et le temps éternel qui est au côté de Oua-en-Rê.. Qu'Il me donne une belle sépulture comme celle qu'il a faites dans la grande falaise autour d'Akhetaton. Pour le Ka du favorisé […] le scribe juste […], Ay, vivant"

B. Plafond de l'entrée, bandeau du milieu

"Louanges à toi, l'Aton vivant. Il se lève et donne vie à tout ce qu'il entoure, il a fait la terre et les pâturages pour donner la vie à tout ce qu'il a créé (?) […] le scribe royal, Père du Dieu, […]"

C. Plafond de l'entrée, bandeau Est

"Louanges à toi, l'Aton vivant, le Dieu qui a fait la totalité de ce qui est en toi (?). Bien que tu sois dans le ciel, tes rayons sont sur la terre […] qui est issu de tes rayons, le fils du soleil, Akhenaton […]"

LA SALLE A PILIERS

1) - Architraves et abaques

Comme nous l'avons constaté, les abaques des quatre colonnes terminées portent les titres d'Ay. Les relevés de Lepsius (Denkmaler III 105 d et e, et Denkmaler Text II p. 145) concernant celles du nord mentionnent : "Le porteur d'enseigne à la droite du Roi, celui qui demeure dans le cœur du roi dans le pays tout entier, celui qui satisfait le cœur de son seigneur, le scribe véritable du roi qu'il aime, le père divin, Ay, qu'il vive éternellement."

Les architraves sont inscrites, ainsi que le plafond. Il s'agit de longues prières à Aton et de souhaits de bienfaits pour le Ka d'Ay, tel que : "Adoration à toi, O Aton vivant, qui as créé le ciel et les choses mystérieuses qui s'y trouvent ! […] Accorde-moi une belle sépulture, comme celles que tu fais dans les belles collines d'Akhetaton." ().

2) - Les textes de plafond

(:)

A-Salle à piliers; bandeau Ouest

"Louanges à toi, [tes apparitions (?)] sont belles, ô Aton vivant, dispensateur de vie. Puisses-tu voir les rayons de Rê quand il se lève et donne la lumière à l'entrée de ta tombe. Puisses-tu sentir le doux souffle du vent du Nord. Puisses ton corps […] un favorisé qui a atteint un âge avancé dans les faveurs ; un juste qui a fait les paroles de son maître. Tu étais le supérieur des favoris du roi. De même tu es à la tête des glorifiés. Puisses-tu changer de formes comme un Ba vivant dans la noble falaise d'Akhetaton. Puisses-tu sortir et rentrer de ta tombe selon le désir de ton cœur. Et Puisses-tu être pourvu de richesses à côté de ton dieu, suivant ton cœur selon son désir. Puisse ta tombe être en fête chaque jour. Puisses-tu atteindre un âge avancé, heureux (?) et en paix et après cela un enterrement [près (?)] du roi Oua-en-Rê.
Je suis un serviteur qui a été transformé par son maître. Il m'enterre[rera (?)]. Ma parole est juste. Combien est glorieux celui qui fait son enseignement. Puisse-t-il atteindre la région des favorisés. Pour le ka du favori du dieu parfait, juste de cœur envers lui qui lui a ouvert le cœur, abandonnant le mensonge (?) pour faire ce qui est juste, un favorisé [suivent les titres] Ay, justifié"

B- Salle à piliers, bandeau Est

”Puisses-tu adorer Rê chaque fois qu'il se lève, Puisses-tu le voir, et puisse-t-il entendre ce que tu dis. Puisse-t-il te donner le souffle et puisse-t-il réunir tes membres. Puisses-tu rentrer et sortir comme un favorisé. Puisse ton corps prospérer (?) et de même ton nom[…] pour ton Ka. Puisses-tu inhaler le souffle du vent du Nord. Qu'il te soit données des offrandes et des provisions! Puisses-tu recevoir des pains du roi, du pain et de la bière et des provisions pour chacun de tes autels. Puisse ton nom durer sur ta tombe, puisse chaque génération qui vient le prononcer. Puisses-tu reposer dans ta tombe que le roi t'a donné dans la nécropole d'Akhetaton, et qu'il soit fait une offrande invocatoire de pain et de bière pour ton Ka. Puisses-tu achever ta place d'éternité, puisse ta demeure d'éternité te recevoir. Puisse un bœuf te tirer, puisse un embaumeur et un prêtre lecteur marcher devant toi, purifiant la barque avec du lait, leur nombre étant comme ce que Oua-en-Rê accorde pour un favori qu'il a promu. Puisse-t-il t'emmener au lieu de repos des favorisés comme quelqu'un qui a accompli sa vie dans le bien. Puisse ta tombe être en fête chaque jour conformément à tes desseins quant tu étais vivant. C'est ton dieu qui les a augmenté pour toi, l'Aton vivant, seigneur de l'éternité, et ils sont établis pour le temps éternel pour un homme juste, qui n'a pas fait de faussetés."

C-Salle à piliers, bandeau central


"Louanges à toi lorsque tu te lèves dans l'horizon Ô Aton, Horus (??) Tu ne manqueras pas de voir Ra ; ouvre tes yeux pour l'admirer. puisse-t-il t'entendre quand tu le pries. Puisse le souffle du vent entrer dans ta narine. Étendu sur le côté droit, Puisses-tu te tourner sur le côté gauche. Puisse ton Ba être joyeux dans la nécropole. Puissent tes enfants offrir du pain, de la bière, de l'eau, de l'air à ton Ka. Puisses-tu atteindre librement les portes du monde souterrain. Puisses-tu admirer Rê à son lever dans l'horizon oriental du ciel, et Puisses-tu voir Aton quand il se couche dans l'horizon occidental du ciel. puisse-t-il y avoir pour toi des provisions des autels de la Maison d'Aton. Puisses-tu recevoir des libations et de l'encens de l'autel principal d'Aton par le roi, le fils de l'Aton, qui te l'a accordé pour l'éternité. Puisses-tu le recevoir et sortir en sa présence chaque jour sans exception. Puisses-tu recevoir l'abondance dans la nécropole. Puisse ton Ba rester dans ta tombe, puisse-t-il ne pas être empêché dans ses désirs mais être satisfait par les offrandes journalières. Puisse ton cœur-ib durer, ton cœur-haty restant près du Seigneur de l'éternité. Puisse ton nom être prononcé chaque jour pour toujours et à jamais, comme il est fait pour un noble favorisé de même réputation.
Pour le Ka de celui qui est stable dans la faveur du Seigneur des Deux Terres, le Père du Dieu, Ay, justifié."

Ces déclarations laudatives et monotones prises au sens littéral ont cependant l'avantage de nous renseigner sur un point essentiel de la longévité politique de Ay : le haut dignitaire est toujours resté silencieux, "digérant" l'enseignement royal, obéissant sans discuter, louant Akhenaton…et ne disant rien ! Ceci est dit explicitement ailleurs dans la tombe : "J'ai été favorisé parce que ma bouche était close".

3) - Le mur nord

La paroi nord représente un thème unique, la cérémonie de récompense d'Ay par le roi, découpant l'événement en de multiples saynètes.

En cela la tombe d'Ay est tout à fait caractéristique des thèmes des sépultures civiles amarniennes (on trouve des scènes semblables dans les tombes voisines, telles celles de Parennefer et Toutou). Les scènes essentielles sont des sorties du roi et de sa famille en char ou des distributions de récompenses à de hauts dignitaires depuis la fenêtre d'apparition. Le tout étant représenté avec un grand luxe de détails sur les personnages, les lieux, les activités. La scène se caractérise le plus souvent par une grande animation, de multiples personnages agissant dans des poses contrastées.

 La scène est dominée par la fenêtre d'apparition où se trouvent le couple royal et trois princesses. Derrière eux s'étend la représentation minutieuse du palais. Devant eux la foule accompagnant Ay et Tiy, composée de dignitaires, étrangers, soldats et danseurs. A l'extrême droite, Ay sort du palais après la récompense, accueilli par ses amis à qui il montre les présents reçus.

A- Le palais :

A l'extrême gauche du mur, au niveau de la porte, le palais est représenté avec une multitude de détails.
La représentation n'est pas complète car le mur n'est pas entièrement dégagé, les scènes de palais auraient dû s'étendre vers la gauche sur la partie non excavée.

Le monument comporte de multiples pièces : vestibule à grandes colonnes, hall, petites salles, entrepôts avec des serviteurs préparant de la nourriture, et une cour.
Le linteau montre deux arbres, dans lesquels Maspero voit les sycomores mythologiques, tandis que Norman de Garis Davies les décrit comme un simple coin du jardin palatial ; pourquoi ne pas y voir les deux interprétations réunies, l'une n'excluant pas l'autre pour les Egyptiens…
A côté des arbres, le linteau représente deux pièces auxquelles on accède de l'extérieur ; des produits y sont entreposés, des serviteurs s'y installent pour manger et effectuer leur travail.

A côté est représenté ce qu'on a appelé le harem, c'est-à-dire la partie du palais réservée aux femmes. Ces pièces sont gardées par des sortes d'eunuques. Les femmes sont égyptiennes et étrangères, comme le laissent entendre les tresses de celles du premier étage,

les nattes étant une coiffure d'origine étrangère, hittite ou syrienne. Ce harem est composé de deux parties comprenant chacune une pièce avec une colonne et deux petites chambres. Les femmes y sont représentées jouant de la musique (on a pu distinguer une lyre, un luth, une harpe…) et dansant. L'une d'elles mange tandis qu'une autre coiffe sa compagne. Il s'agit là d'un bon exemple du développement des scènes quotidiennes et intimistes dans les représentations amarniennes.
Ces femmes peuvent aussi bien appartenir à la maisonnée de la reine qu'être des épouses secondaires d'Akhenaton : on sait notamment qu'il avait épousé la fille du roi du Mitanni, Tadukhépa.

B- La cérémonie de récompense :

A droite de la représentation du palais a lieu la remise de présents à Ay et Tiy ().

Le couple royal et trois princesses sont à la fenêtre d'apparition, surmontés du disque d'Aton. La sœur de la reine se tient à l'écart derrière, avec ses nains (ce qu'on ne voit malheureusement pas sur le relevé).
Un point étonnant : autant qu'on puisse s'en rendre compte, tous les personnages semblent nus. Pour les petites princesses rien d'extraordinaire, mais fait inhabituel pour le roi et la reine. On n'a apparemment pas décelé de traces de peinture qui auraient représenté les vêtements et se seraient effacées. Le reste des reliefs est achevé, ce qui laisse a priori la question sans réponse…

La famille royale remet des présents à Ay et Tiy. Notons qu'il est tout à fait inhabituel que l'épouse soit présente aux côtés de l'homme lors de la cérémonie de récompense. La présence de Tiy est certainement due à son haut statut et à ses liens étroits avec la famille royale en tant que nourrice de Néfertiti.
La section de paroi portant les magnifiques représentations du couple avait été découpée par des trafiquants. Le bloc a pu heureusement être retrouvé et se trouve maintenant au musée du Caire ().

Le couple est assisté de deux corpulents dignitaires, qui les aident à amasser les présents royaux étonnamment représentés en un jet de cadeaux lancés du balcon non seulement par le roi mais aussi par la reine et les petites filles royales. Les colliers s'empilent sur les épaules du couple et au sol avec d'autres cadeaux. Norman de Garis Davies en propose une énumération, qui ne repose cependant pas sur les textes mais sur sa propre interprétation des objets représentés :
- 18 colliers d'or
- 2 pectoraux
- 5 colliers de céramique glaçurée
- 4 coupes en or, deux à pieds, deux sans pieds
- 2 vases en métal
- 5 bagues
- 12 paires d'armilles
- 1 paire de gants

C'est là la première représentation de gants que l'on connaisse dans l'art égyptien. Ce présent est certainement en rapport avec le titre d'Ay de "chef de toute la cavalerie de sa Majesté". Il en est apparemment très satisfait car à peine sorti du palais, il les revêt et les montre à ses amis.
Comme on le voit, le roi occupe sur les parois une place prépondérante dans les tombes amarniennes.
Ces représentations développent une ambiance festive centrée sur la famille royale.
Ces scènes ont perdu de ce fait toute apparence religieuse, puisque le dieu est représenté comme le disque solaire qui éclaire la scène. Néanmoins, bien entendu, le sens reste profondément religieux, le roi servant avec la famille royale d'intercesseur et d'intermédiaire entre le peuple et le dieu soleil.

C- La foule spectatrice

La foule assistant à la scène est clairement représentée en petits groupes distincts, organisés en registres superposés. D'après Norman de Garis Davies, le registre supérieur représenterait le plus lointain ().
Au sommet se trouvent les deux chars royaux.
Des étrangers sont représentés au second registre selon les iconographies traditionnelles : Nubiens, Libyens et Asiatiques. Ils sont accompagnés d'interprètes égyptiens.
Au troisième registre se trouvent des scribes, des soldats, des dignitaires dont certains veillent sur deux petits coffres. Le quatrième registre montre des porte-enseignes et des soldats.
Des danseurs communiquent leur rythme joyeux à la foule, au bas de la paroi.

D- La sortie du palais

Ay sort du palais, dont la porte est surmontée du disque d'Aton ; il est couvert des bijoux de la récompense, ayant enfilé les fameux gants ( et ).
Des serviteurs le suivent, portant le reste des présents royaux sur des plateaux.
Ay est accueilli par ses amis qui se réjouissent et se prosternent. Trois chars attendent pour les emmener.
Le groupe d'Ay et ses amis ainsi que celui des personnages l'acclamant un peu plus loin, n'ont été exécutés qu'à l'encre noire. Les colliers cependant sont tracés à l'encre rouge ainsi que les bracelets et les gants, mettant en valeur ces objets remarquables, et suggérant peut-être aussi les matériaux précieux.

Plus haut sont représentés des gardes du palais à qui de jeunes garçons viennent apporter les nouvelles de la cérémonie.
Le garde près de la porte demande : "Pour qui tous ces gens se réjouissent-ils ?" Le garçon lui répond : "On se réjouit pour Ay, le père divin et pour Tiy. Ils ont été couverts d'or"»
Comme le deuxième garde n'est pas prévenu aussi rapidement, il s'impatiente et envoie un garçon voir ce qui se passe en lui enjoignant de se dépêcher.
Un autre jeune garçon a déjà prévenu le troisième garde qui parle avec un ami et lui raconte ce qu'il sait. Il lui dit : "Lève-toi et tu verras : Pharaon a fait une bonne chose pour le père du dieu Ay et pour Tiy. Pharaon leur a donné beaucoup d'or et de richesses !"
Enfin, un garçon fait garder son tabouret et son petit sac à un autre pendant qu'il va voir ce qui se passe. Son compagnon lui répond : "Ne sois pas trop long, sinon je partirai et garderai tes affaires pour moi".

Ces scènes constituent un exemple de cet aspect pittoresque des représentations amarniennes ; à côté des grands thèmes principaux précédemment cités, on trouve souvent de petites scènes amusantes qui semblent en marge de la scène principale mais qui confèrent justement un aspect vivant et varié à la composition.

E- La porte au bout de l'allée centrale

Sur le linteau, Ay et Tiy à chaque extrémité adorent Aton représenté avec ses cartouches ().
Les montants sont très endommagés, il reste simplement une partie du texte et des figures d'Ay et Tiy à genoux.

CONCLUSION

La tombe d'Ay constitue un exemple typique de ce que pouvait être une tombe civile à Amarna. Bien qu'inachevée, elle est remarquable par sa taille, la qualité de ses reliefs et parce qu'elle contient la plus complète version connue de l'Hymne à Aton. Son iconographie a probablement influencé la décoration d'autres tombes de la nécropole.
Il est intéressant de la mettre en parallèle avec l'autre tombe d'Ay,  ; elles constituent ensemble des témoins de l'épopée atonienne et du retour à l'orthodoxie autour du destin d'un même personnage.