Le petit temple-chapelle ptolémaïque de Kasr (ou Qasr) el Agouz (litt: le château de la vieille), encore appelé chapelle de Téphibis, se situe à environ 200 m au sud-ouest du temple de Medinet Habou, entre ce dernier et les restes du palais d'Amenhotep III à Malqata.
Malgré son originalité, il est virtuellement inconnu des visiteurs, même ceux qui se sont rendus plusieurs fois à Louxor.
Il semble donc intéressant d'en fournir une couverture photographique et une interprétation iconographique.

Si le temple est architecturalement presque intact, il n'en est pas de même de sa décoration qui a beaucoup souffert. Les correspondances des photos avec les dessins de l'article princeps de Dominique Mallet (qui sont ceux reproduits ici) sont donc parfois difficiles à faire.

Ce temple-chapelle est donc dédié à :

Thot-Ibis (Djehouty-her-pa-heb ou Djhwty-stm).
Outre ce titre spécifique au temple, il porte également ses épithètes habituelles de Seigneur de Khnoumou (Hermopolis), Maître des Paroles Divines (= les hiéroglyphes), … Dans le temple, le dieu est toujours représenté avec un corps humain et une tête d'ibis, coiffé tantôt du disque lunaire avec ses deux phases de pleine lune et de croissant, tantôt d'une couronne composée à partir de l'Atef. Il est possible qu'un culte des ibis sacrés ait été célébré dans le temple.

On y trouve également évoqués deux mortels divinisés à Basse époque : Imhotep dans son rôle de saint guérisseur et Amenhotep-fils-de-Hapou. Leurs représentations sont cantonnées à la seconde salle, et on ne les retrouvera pas dans le sanctuaire du fond.

Enfin le culte dynastique ptolémaïque lui même y est largement représenté, incluant les ancêtres du Ptolémée (mais sans mentionner le tout premier Ptolémée fils de Lagos, qui était un roturier, général d'Alexandre le Grand) et leurs reines. Par un subtil travail consistant à prêter aux rois et reines les attributs et couronnes des dieux et déesses, on accentue l'effet recherché d'assimilation des uns aux autres.

Des déesses accompagnent Thot et les autres dieux, tandis que dans les scènes royales, c'est la reine qui accompagne évergète et joue le rôle de déesse.
La principale est Nehemtaouy, déesse qui peut être la parèdre de la divinité serpent Nehebou-kaou, mais aussi de Thot comme c'est le cas ici. Il semble d'ailleurs qu'elle était vénérée dans tous les sanctuaires de Thot, notamment dans sa ville d'origine Hermopolis. Habituellement -mais pas ici- elle est représentée comme une déesse à l'enfant. Elle porte sur la tête un sistre architectural qui permet de la différencier de Mout et d'Hathor.
Nous sommes à Thèbes, et sur le modèle de la triade thébaine, on a adjoint à Thot un dieu-fils, en la personne de Khonsou, lequel tient le même rôle dans la triade thébaine classique (Amon-Mout-Khonsou).

Une des originalités du Qasr el Agouz est de comporter de nombreuses scènes uniquement peintes, non sculptées, ce qui est à ma connaissance très rare dans les monuments ptolémaïques et qui traduit l'inachèvement de l'édifice ; en témoigne aussi l'absence de décoration des murs extérieurs qui ne sont pas décorés.
Les représentations murales sont variablement conservées, d'autant que dans les siècles précédents le temple avait été transformé en étable. La comparaison entre les photos actuelles et les descriptions de Mallet montre que le temple s'est encore nettement dégradé depuis un siècle.

Voici ce qu'écrivait Jollois dans la Description de l'Égypte :

Ce petit temple, si l'on en juge par son étendue, est de peu d'importance. Il n'a point été terminé, ce qu'annoncent évidemment son portique à peine dégrossi et ses murs sans ornements; mais il mérite d'être observé, parce que, renfermant des sculptures entièrement achevées et d'autres qui ne sont qu'ébauchées, il présente les différents degrés du travail des artistes égyptiens dans l'exécution des bas-reliefs. On y voit, en effet, des figures tracées en rouge avec une pureté de trait et une hardiesse de dessin qui supposent une grande connaissance des formes et beaucoup d'habileté dans ceux qui les ont exécutées. Ces dessins mêmes sont supérieurs aux sculptures. Les proportions, auxquelles les dessinateurs étaient assujettis, sont déterminées par des carreaux qui subsistent encore. Tel était le premier degré du travail qui, sans doute, était exécuté par une même classe d'artistes. Tout près de ces figures construites au simple trait, on voit un bas-relief ébauché. Le ciseau du sculpteur a suivi tous les contours du dessin, et fait disparaître la matière qui environnait l'espace circonscrit par le trait du dessinateur. Celle opération a détaché la figure du fond : mais elle est encore grossière; toutes les formes sont carrées, et toutes les parties du relief sont dans le même plan : c'était là le travail d'une seconde classe d'ouvriers. Ensuite un sculpteur plus habile venait mettre la dernière main à l'ouvrage ébauché, et donner ces formes douces et arrondies que l'on remarque près de là dans les sculptures entièrement terminées. Des figures qui n'ont point été peintes, et d'autres qui sont toutes brillantes des plus vives couleurs, font conjecturer que le travail du peintre suivait immédiatement celui du sculpteur.

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LA COUR

L'entrée dans le temple se fait par une porte monumentale qui donne dans une avant-cour rectangulaire de 13 × 3,7 m, et qui devait avoir dans les 7m de haut. Cette porte fait partie d'un mur d'enceinte qui entourait tout le complexe. La cour était probablement couverte et tenait lieu de pronaos, ou de salle hypostyle, mais ne comportait pas de vraie colonne.
Derrière se trouve la chapelle proprement dite mesurant 13 × 8 m. Son axe est perpendiculaire à la cour. L'entrée monumentale de cette cour, située du côté Est, reste assez impressionnante. L'axe de l'entrée dans la cour est le même que celui du temple dans son ensemble (voir ).

Les deux premières salles que nous allons examiner sont considérées comme des vestibules, la première pour les gens du commun, la seconde probablement pour les personnes qui attendaient d'être autorisées à pénétrer dans le sanctuaire.

LA SALLE 1

On entre dans la chapelle par une porte percée dans le mur Est, surmontée d'un linteau et ornée d'une corniche à gorge où se devinent encore quelques bandes colorées ( et ).
La première salle mesure 7,45 × 3,75 m. Elle était à l'origine éclairée par des soupiraux ; puis une grande partie de son toit (à droite) a été enlevé et la pièce est maintenant partiellement à l'air libre. Elle est complètement anépigraphe et de peu d'intérêt.