Le mastaba de Iasen (G 2196) se trouve sur le plateau de Guiza, dans le cimetière dit de l'ouest, plus précisément dans la partie nord du "cimetière en échelons". Ce monument est unique pour cette partie du site car la configuration naturelle du terrain a permis à Iasen de combiner un mastaba classique et de le prolonger vers le sud par une chapelle taillée dans une élévation rocheuse naturelle.
Le mastaba de Iasen est architecturalement lié à celui de son voisin Penmerou, G2197 et nous consacrerons donc à celui-ci le dernier chapitre de cette présentation.

Le cimetière ouest et le cimetière dit "en échelons"

La nécropole de Guiza couvre une superficie d'un peu plus d'un kilomètre carré et comporte environ 2300 tombes, avec une majorité de mastabas en briques ou en pierres, mais aussi de nombreuses tombes rupestres ; le nombre de puits funéraires quant à lui est estimé à 15000 (Farouk).

Le terme de cimetière de l'ouest désigne la partie de la nécropole située à l'ouest de la pyramide de Khéops.
Il fait pendant au cimetière de l'Est que nous avons brièvement présenté lors de l'étude de la sépulture de

Le cimetière ouest s'est développé autour de noyaux primordiaux. Dès que les déblais de la construction d'une tombe avaient été enlevés, l'espace libéré était immédiatement utilisé pour commencer un nouveau monument, et ainsi de suite. Le fait de voir la pyramide étant un élément important, le plan original du cimetière ouest prévoyait des rues de mastabas régulièrement alignés, se coupant à angle droit.
Puis, à un certain moment, le fait de pouvoir aussi être vu par les gens de passage fut considéré comme un privilège : de là est né un décalage dans l'alignement des tombes.

Le terme de "cimetière en échelon" désigne trois rangées de mastabas décalés les uns par rapport aux autres, ce qui permet à un visiteur regardant depuis l'Est de voir une partie de chacun d'eux.
À partir de 1905, cette partie de la nécropole est devenue concession de la mission conjointe de l'université de Harvard et du Museum of Fine Arts de Boston, avec à sa tête Georges Reisner, qui fouilla toute la zone nord et une partie de la zone sud entre 1911 et 1916.
On estime que le cimetière en échelons compte 427 inhumations. Sa partie nord, dans laquelle se trouve le mastaba de Iasen, comporte des tombes édifiées entre la fin de la Ve dynastie et la Première Période Intermédiaire.

Comment étaient attribuées les concessions ? On connait mal les modalités d'occupation de l'espace par les petits mastabas greffés sur les noyaux primitifs (Der Manuelian). Existait-il une logique géographique, ou la volonté d'un regroupement familial ou avec les personnes en charge du culte ? Ou au contraire s'agissait-il d'une compétition pour les meilleures places restantes, sous la supervision plus ou moins avisée de l'administration ?
Aucune étude n'a montré une répartition des mastabas basée sur une hiérarchie des titres des défunts ou des offices qu'ils occupaient. Par contre, on a mis en évidence des lignées familiales dont les tombes sont côte à côte ou proches les unes des autres ; de plus, dans le cimetière en échelons, plus de 50% des fils portent les mêmes titres que leurs pères. Un fait notable est que des personnages portant des titres identiques ont souvent des mastabas de taille sensiblement égale.
Dans les limites qui lui étaient assignées par la bureaucratie, il semble que le choix de l'emplacement précis d'une tombe dépendait du propriétaire. Ce dernier était tributaire d'un certain nombre de contraintes : de l'époque (la place se raréfie avec les siècles qui passent), de ses liens avec la famille royale et de ses relations avec le personnel chargé du culte funéraire, dont on essayait de se rapprocher le plus possible. Ce sont probablement les liens avec le souverain qui constituaient le principal facteur discriminant : 45 types différents d'interrelations sont retrouvés dans le cimetière.
Curieusement, la proximité de la pyramide de Khéops n'était pas recherchée, et il semble que le cimetière ne se soit étendu dans cette direction que tardivement, par manque de place ailleurs.

Devenir. L'accès aux constructions antérieures était préservé aussi longtemps que possible, par des descendants du défunt - ou par scrupules - jusqu'à ce que le manque d'espace - ou leur dégradation - impose leur fermeture. Nul doute que la lutte pour voir et être vu est devenue de plus en plus âpre au fur et à mesure que la place s'est faite plus rare.
Le cimetière en échelons est resté longtemps facilement accessible par sa partie Est, zone qui a vraisemblablement été utilisée lors des dernières phases d'occupation ; à cette période, les autres zones étaient bloquées et, devenues inaccessibles, se dégradaient, ce qui a entraîné finalement l'abandon du cimetière.

La tombe de Iasen G 2196

Elle se situe dans le cimetière en échelons. Elle comporte un mastaba de surface, une chapelle rupestre et douze puits funéraires. Elle fut dégagée par les équipes du MFA d'abord en 1912, puis en 1915.

Le mastaba mesure 13,20 × 5,80m ; il est bâti en pierres à sa périphérie tandis que l'intérieur est comblé par un remplissage de débris rocheux, d'éclats, de sable… Sur la photo, on voit les ouvertures carrées de certains des puits funéraires (B à F du plan). Lors de leur progression vers le sud, les maçons ont rencontré une élévation du niveau du plateau rocheux, dont ils ont décidé de tirer parti pour la chapelle.
Le mastaba a été bâti à l'ouest de celui de Penmerou, G 2197, son extrémité nord dépassant de 2,25m la face nord de celui-ci. Le montage a été suffisamment ingénieux pour permettre à Iasen de disposer d'une petite cour dans laquelle on descend par quelques marches, cour qui donne accès à un corridor ménagé entre G 2196 et G 2197, qui se dirige vers la chapelle située au sud. Un hasard géologique a permis de creuser celle-ci dans une élévation du plateau rocheux. La couche rocheuse qui surplombe la pièce reste cependant mince, le plafond ne dépassant pas par endroits 50 cm d'épaisseur, comme le montre un trou de voleur (). Le mastaba de surface se prolonge par-dessus cet éperon rocheux, comme le montre le plan.

Iasen et sa famille

1) - Iasen

C'est un nom peu fréquent. Ses titres sont les suivants :
"Superviseur (des) six métayers du palais" : ce titre est répertorié par Jones (p.189) ; le terme "métayer" (land-tenant) doit sans doute se comprendre administrateur d'un des grands domaines royaux.
"Conservateur des boîtes d'archives des documents royaux"
"Prêtre-ouab du roi"
"Connu du roi"
"Prêtre de Khéops"
"Conseiller privé (ou préposé aux secrets) " (Jones p.609)
"Métayer"
"Superviseur des prêtres-ouab"
"Superviseur des métayers"

2) - Son épouse Meretites

"Son épouse, qu'il aime"
"La connue du roi"

3) - Une autre femme de la famille : Nebouhotep

"La connue du roi"

4) - Meryankh

est probablement un des fils du propriétaire

"Prêtre-ouab du roi"
"Connu du roi"
"Métayer du palais"

Datation

Le mastaba de Iasen présente des points communs avec ceux de Sechemnefer II et III, ainsi qu'avec celui de Kaiemneferet et celui de Iimery, ce qui apparaît notamment dans le motif de l'extrémité ouest du mur sud montrant Iasen assis dans un siège spécial, tenant en main une tige de lotus que lui tend un personnage, en principe son fils (). Il est difficile de savoir si des artisans d'une même "école" ont réalisé ces monuments ou si Iasen les a imités.
La datation proposée pour le mastaba s'échelonne (d'après Mastabase) du règne de Khéops (IVe dynastie) à la VIe dynastie.