La période Ramesside s'étend de 1295 à 1069 av. J.C. Dans sa première phase, qui recouvre à peu près la XIXe dynastie (1295 - 1186 av. J.C.), environ 130 tombes de particuliers ont été décorées, parmi lesquelles 37% comportent une représentation royale au moins ; parmi celles-ci, 78% concernent Amenhotep I et/ou sa mère, la reine Ahmès-Nefertari, dans seulement 22% des cas il s'agit d'un autre pharaon : Thoutmosis I, Thoutmosis III, Montouhotep-Nebhepetrê, Sethy I, Ramsès II… qui sont tous des souverains prestigieux qui ont marqué l'histoire du pays à la XIe, XVIIIe et XIXe dynasties.
[Note : Nous avons déjà consacré un article spécial au , spécialement important à Deir el-Medineh, aussi nous n'y reviendrons pas ici].
En dehors de cette période, on ne compte que 76 tombes avec des images du défunt faisant adoration ou libation à un roi divinisé, et il s'agit alors, dans presque tous les cas, du pharaon régnant.

À l'époque ramesside, le souverain semble perçu par les Égyptiens comme un humain mortel, mais qui acquiert un rôle divin en exerçant la fonction éternelle dont il est le dépositaire : la royauté. Sa personne humaine peut disparaitre mais sa personne divine, qu'il n'acquiert que lors de sa montée sur le trône en même temps que sa titulature, perdure ; on peut presque dire qu'il y a un seul roi dans toute l'histoire de l'Égypte, la fonction étant indépendante de son titulaire.
Après sa mort, le roi n'est pas un défunt ordinaire, son statut est celui d'un dieu, du moins la propagande royale multiplie les signes de rapprochement entre les deux, par exemple par l'utilisation d'insignes ou de couronnes que le roi partage avec les divinités.

Les contacts physiques entre le pharaon et ses sujets thébains étaient peu fréquents puisque Ramsès II passait l'essentiel de son temps à Pi-Ramsès, sa nouvelle capitale du Delta. Il ne devait se rendre à Thèbes que pour des occasions exceptionnelles. À sa place, les habitants voyaient ses multiples représentations, les statues de toutes tailles, les images gravées sur les murs des temples, des chapelles, qui le montrent agissant en tant que guerrier, ritualiste, etc… autant de scènes essentiellement destinées à exalter le pouvoir royal.
C'est ainsi que dans une des tombes du scribe de la Place de vérité Ramose, TT7, on trouve le pharaon Ramsès II qui, agissant comme ritualiste, fait un encensement devant la triade thébaine (Amon-Mout-Khonsou), suivi par le vizir Paser et par Ramose.
Mais Ramsès II, suivant en cela son père Sethy I, ne se contente pas de mettre en avant sa propre personne, il entend y adjoindre les rois prestigieux dont il veut apparaître comme le continuateur légitime. Pour cela, outre l'iconographie lapidaire, il sera largement fait appel au culte des rois ancêtres divinisés, représentés par leurs statues de culte. Celles-ci accompagnaient les innombrables fêtes, rituels et processions qui rythmaient l'année. Car presque toutes les fêtes - comme par exemple la Belle Fête de la Vallée où la fête de Min - étaient organisées, directement ou indirectement, par l'administration pharaonique, qui ne manquait pas de mêler culte aux dieux et culte royal.

Toutes ces représentations s'impriment progressivement dans la mémoire culturelle collective jusqu'à en faire partie intégrante. Il semble dès lors naturel à un certain nombre de personnes de les intégrer dans le programme décoratif de leur sépulture.

Les rois défunts dont le culte est évoqué sur les parois des tombes de particuliers sont ceux qui ont un Temple de Millions d'Années (improprement mais par commodité appelé temple funéraire) sur la rive ouest de Thèbes.
Le rôle de ces institutions est très important et ils fonctionnent déjà du vivant du souverain auquel ils sont dédiés : véritables centres économiques et de redistribution, ils emploient un personnel nombreux et organisent des fêtes et processions en l'honneur de leur saint patron. Cela ne signifie pas cependant que les particuliers, qu'ils soient prêtres ou non, sont inféodés à un souverain précis, puisqu'un même personnage peut faire partie du personnel de temples dédiés à des pharaons différents : il ne faut pas chercher de piété dans cette organisation.

On en trouve un exemple dans la chapelle de Khonsou, TT31 : Khonsou est à la fois "grand prêtre du culte funéraire de Menkheperrê (Thoutmosis III) " et "superviseur du bétail de Menkheperourê" (Thoutmosis IV) ", qui sont évoqués dans sa tombe. Cela ne l'empêchera nullement de consacrer en plus un mur de la niche terminale à une offrande de fleurs à la statue du roi Montouhotep-Nebhepetrê (). Ameneminet, "Père Divin du culte funéraire de Nebmaatrê (Amenhotep III) " rend hommage dans sa tombe TT277 à son divin patron le pharaon et à son épouse la reine Tiy.

Selon la coutume encore en vigueur en ce début de période ramesside, de nombreux propriétaires ayant exercé des fonctions dans un temple reproduisent celles-ci sur les murs de leurs sépultures, espérant ainsi, par la magie de l'image et du texte, continuer éternellement leur office. Il est par ailleurs possible que certains aient aussi voulu marquer dans leur tombe la reconnaissance qu'ils éprouvaient pour le roi qui avait pourvu à leurs besoins terrestres par l'intermédiaire de son temple… en espérant qu'il saurait se montrer aussi efficace pour eux dans l'au-delà qu'il l'avait été ici-bas.

Le pharaon défunt n'est pas vénéré en tant que personne vivante, mais en tant que statue de culte, debout ou assis sur un siège cubique.

Valbelle souligne l'importance de ce culte des statues : "Les cultes statuaires royaux représentent une part importante des cérémonies monarchiques à toutes les époques. Ils permettent d'associer le souverain vivant, en son absence, et ses prédécesseurs défunts aux services quotidiens et aux fêtes des divinités dans l'ensemble du pays et même dans des sanctuaires reculés, situés dans les déserts environnants ou à l'étranger. Ils sont aussi destinés à renforcer la permanence du pouvoir pharaonique en réunissant les effigies de ses représentants successifs".
C'est ainsi que Khonsou (TT31) accueille, en sa qualité de grand prêtre, une statue de Thoutmosis III rentrant de procession en barque.
Ce phénomène largement attesté procède du même état d'esprit que celui qui a produit l'extraordinaire statue en quartzite rouge trouvée en 1989 dans une cachette sous le temple de Louxor, qui représente Amenhotep III sur un traîneau : il s'agit donc d'une statue de statue du roi "divinisé" (). Comme il y a tout lieu de croire qu'elle a été réalisée du vivant du roi, on peut imaginer celui-ci venant faire offrande à sa propre statue !

Dans certaines tombes on trouve de véritables listes royales, comme chez (la tombe date de la seconde partie de la période ramesside, plus précisément du règne de Ramsès IV).

Ces listes sont toujours expurgées des noms de pharaon faisant l'objet de la part du pouvoir d'une damnatio memoriae : ainsi, on n'y trouve nulle trace d'Hatchepsout ou d'un roi de la période amarnienne. Comment les particuliers connaissaient-il ces ancêtres prestigieux ? Tout d'abord par certaines fêtes, qui permettaient de voir un défilé des statues de ces prédécesseurs "officiels", information qui s'ajoutait à celles fournies par l'iconographie des temples et, pour les habitants de Deir el-Medineh, par le décor des tombes royales.

Ainsi, même s'il n'est pas présent physiquement, pharaon joue un rôle important dans la vie de ses sujets thébains et imprime sa marque dans l'identité culturelle collective jusqu'à en faire partie intégrante. Être employé dans un temple, artisan de la tombe royale, prêtre du culte funéraire du souverain, participer aux fêtes de la communauté, c'est être impliqué dans des situations où le rôle insigne de la fonction royale est omniprésent.
Pour les thébains, cette situation entretenait un sentiment de continuité : qu'il soit mort ou vivant, c'est toujours la même image, une statue du roi, qui est vénérée. C'est aussi la seule représentation pérenne dont dispose l'artisan qui va décorer les tombes, il est donc naturel qu'il s'en inspire, montrant ainsi que c'est le culte de la fonction royale qui est important et non celui du roi lui-même (même s'il s'efforce de faire croire le contraire), ce qui est conforme au principe égyptien fondamental d'opposition entre la personne et la fonction.

Mais le temps use tout, même la mémoire collective. Aussi, pour entretenir et renforcer l'emprise de la royauté, se développent les oracles qui, mettant en scène les statues de pharaons illustres, constituent à la fois un moyen d'accroitre le prestige royal et de lutter contre l'oubli et la diminution de la charge émotionnelle véhiculée par les cultes.
Dans le même ordre d'idées est instituée à la XVIIIe dynastie ce qui deviendra un évènement majeur de la vie thébaine : la Belle Fête de la Vallée. Une statue d'Amon traverse le Nil depuis Karnak et va rendre visite à tous les temples mortuaires de la rive ouest, puis aux chapelles des défunts. Cette visite des temples transforme la fête en une commémoration des ancêtres royaux, du moins de ceux dont le pouvoir veut qu'on se rappelle. Il s'agit aussi, pour les premiers ramessides, de légitimer leur relativement récente accession au trône (entre la mort d'Horemheb et l'intronisation de Ramsès II, il n'y a guère qu'une quinzaine d'années) en se rattachant à des ancêtres illustres incontestables.

La mémoire collective est également ancrée dans le concret : un culte royal s'étiole puis s'arrête lorsque le temple de millions d'années auquel il est adossé économiquement décline puis disparait. Cette séquence - disparition du temple puis du culte - semble, par exemple, avérée dans le cas du culte d'Ahmes-Nefertari dont le déclin est parallèle à l'abandon puis à la destruction de sa fondation, la Men-set : la dernière trace certaine qu'on ait de ce culte pourtant si populaire au début de la période ramesside se situe sous Ramsès X.

La représentation dans les tombes de particuliers du roi en compagnie de la vache Hathor constitue une preuve supplémentaire de l'importance des cultes actifs dans la mémoire collective : Hathor, en particulier sous sa forme de vache, bénéficie, à l'époque ramesside, d'un culte très actif à Deir el-Bahari, un fait que les artisans décorateurs ne pouvaient ignorer ; peut-être même en étaient-ils partie prenante.

Associer les représentations de la vache Hathor et du roi se serait alors fait naturellement, par amalgame entre deux cultes, un royal et un divin, qui jouaient tous les deux un rôle dans la vie des habitants de Thèbes. Ainsi Ameneminet, que nous avons déjà vu devant Amenhotep III, rend également hommage au pharaon Nebheptrê (Montouhotep II) et à la reine Ahmès-Nefertari qui se tiennent devant la montagne d'Occident d'où émerge la vache Hathor.

On peut se demander pourquoi on ne trouve pas plus de représentations royales dans les tombes de particuliers à cette époque. La réponse n'est sûrement pas univoque. Il est vraisemblable que le propriétaire de tombe dont les fonctions n'avaient pas de rapport avec le culte royal, et qui ne dépendait pas économiquement d'un temple de millions d'années, se sentait moins concerné. Peut-être aussi doutait-il de la volonté d'un souverain auquel rien de particulier ne l'avait lié de lui servir d'intercesseur auprès des dieux ?
Pendant la XXe dynastie, le déclin progressif de la royauté, qui s'accentue après Ramsès III, a certainement joué un grand rôle dans la raréfaction des représentations royales : quel efficacité attendre dans l'au-delà d'une institution royale qui a maintenant si peu d'influence sur la vie quotidienne et dont les temples funéraires sont progressivement laissés à l'abandon ?