Justice et vérité, ordre et équité : la maât est le fondement de la civilisation égyptienne. Elle est présente dans la sphère religieuse, cosmique, politique, sociale et personnelle, si bien que, comme le dit Jan Assmann "Parler de Maât, c’est faire un tour d’horizon de la civilisation égyptienne tout entière".
Il convient tout d'abord de bien distinguer deux aspects : le concept de maât, la maât terrestre (avec un petit m) et la déesse Maât (avec un grand M) - distinction orthographique souvent oubliée en pratique (voir ).
L'origine du mot reste débattue ; elle renvoie au verbe "maâ", "diriger", qui appartient au vocabulaire nautique et qui est mis en rapport dans les textes avec le souffle ou le vent du nord, avec une connotation vitale (souffle vital) et de cap maintenu (droiture).

Le concept de maât, "l'ordre juste du monde", l'équilibre, est au cœur de la compréhension de la civilisation égyptienne tout entière, et elle est le fondement de sa longévité. Elle est liée et confondue avec l'éthique (incluant la justice, la vérité), avec l'ordre universel (l'ordre cosmique, l'ordre social, l'ordre politique) et avec l'intégration sociale basée sur la communication et la confiance.

Fondement de l'identité culturelle égyptienne maât est la grande création des penseurs de l'Ancien Empire : le mot est retrouvé dès la IIe dynastie et se développera rapidement. C'est elle qui offre un cadre idéologique à l'état pharaonique, tant au niveau de la justification de son existence qu'à celui des règles qui définissent le bon gouvernement.

Initialement, la maât n'est pas conceptualisée, elle est assimilée à - et manifestée par - la volonté du souverain.
Nous ne saurions pas ce que recouvre ce principe si une rupture n'était survenue. Cette rupture survient à la fin de l'Ancien Empire, c'est la décomposition de l'unité centralisée du pays incarnée par le roi. Émergent alors de multiples pouvoirs locaux qui se partagent le territoire pendant une couple de siècles (la Première Période Intermédiaire). Le désordre et l'anarchie sociale qui en ont été la conséquence ont profondément marqué l'imaginaire égyptien. La nécessité s'est alors faite sentir de formuler et d'expliquer ce qui allait de soi à la période précédente. Cette réflexion est passée par le biais d'un genre littéraire, dont les premières traces remontent à la IIIe dynastie, qui concerne la conduite des individus : la littérature sapientiale, avec ses Enseignements.
Elle s'exprime également à travers un nouveau type de littérature, propre à la difficile période traversée : les lamentations (complaintes) de la littérature dite pessimiste. Cette dernière concerne davantage la société que la bonne conduite des individus.
Il en va de même d'un troisième genre que sont les écrits de rois à leur fils qui, pour la première fois, sont des conseils concrets pour le gouvernement des hommes.

MAAT, BASE DU CIMENT SOCIAL

Le Moyen Empire verra se reconstituer l'unité politique et sociale du Double Pays, réunifié autour du concept central de la maât. C'est le Conte de l'oasien qui résume le mieux le concept de maât à cette époque.
Dans les neuf suppliques qu'adresse à son juge un paysan qui a été volé, ressortent les trois attitudes fondamentales d'un comportement conforme à la maât : il n'y a pas d'hier pour le paresseux, pas d'ami pour celui qui est sourd à la maât, pas de jour de fête pour l'avide.

(1) La paresse - Faire la maât.

La paresse, c'est l'absence d'action, l'inertie. Pour l'Égyptien, toute action doit entraîner une réaction dans un engrenage reliant les actions passées (l'hier) aux actions présentes. Il faut agir pour celui qui agit afin de l'engager à rester actif. Dans une société où la subsistance de l'individu se fait au jour le jour, dans un lacis relationnel complexe, le moindre dérèglement peut compromettre la survie des personnes ou le fonctionnement de la machine administrative.
Ne pas oublier le bien qui a été fait, c'est la base de la confiance. C'est une solidarité de survie, basée sur l'interdépendance, incarnée par la maât.

(2) La surdité à la maât - Dire la maât.

La plus grande sagesse selon l'Égypte ancienne, c'est de savoir écouter dans le silence, de méditer la parole reçue et d'agir en conséquence. Cela n'est pas étonnant quand on sait l'importance de la langue, des mots prononcés qui sont une substance vivante, une vraie nourriture. La vie sociale n'est possible que par l'échange d'une parole harmonieuse, qui seule permet l'intégration de l'un et de l'autre dans une dynamique basée sur la confiance dans les actions futures.
Le sourd qui n'écoute pas l'autre, c'est l'insensible, l'indifférent. De ce fait, il n'a pas d'ami et n'est pas intégré dans la société. Quand on ne communique plus, à l'échelon de l'individu ou de la société, c'est la violence et la loi du plus fort qui s'installent. Ceci est bien illustré dans Le dialogue du désespéré avec son âme, un autre texte classique du Moyen Empire.

(3) L'avidité.

C'est une propriété du cœur pour l'Égyptien. Il n'y a rien qu'on puisse faire dans un cas pareil : c'est, disent les sages, une maladie incurable.
Elle est doublement négative:

pour l'individu : en effet, durant sa vie, l'homme accumule - notamment lors des fêtes - une énergie "subtile" qui semble en relation avec la joie de vivre. Cette énergie vitale constitue son Ka (improprement appelé double immatériel. Celui qui ne sait pas être heureux porte donc tort à son propre Ka.

pour la société : l'égoïsme, le désir de possession, la jalousie, entraînent la destruction des relations sociales. Celui qui spolie quelqu'un qui a travaillé pour lui, lui enlève son moyen de subsistance, le met en péril, et est de ce fait un inducteur de violence.
Par ailleurs, en essayant de se sortir de sa dépendance des autres, de s'individualiser, l'homme rompt le système d'interaction dynamique de la société et va là encore engendrer la violence.
Au contraire, Maât c'est l'honnêteté, la charité, l'absence de jalousie, le travail justement rétribué, la vie intégrée dans le groupe.

LA MAÂT ET LA TOMBE

Le but de l'égyptien de la haute société est de devenir un propriétaire de tombe, un "imakhou", terme pour lequel plusieurs traductions ont été proposées, notamment bienheureux (mais il y a une connotation moderne), pensionné (ce qui est l'expression tangible de son statut social de "bien pourvu").
Plusieurs conditions doivent être réunies :

Être titulaire d'une fonction rémunératrice et d'une autorisation royale.

Pouvoir entretenir un culte post-mortem coûteux, soit par filiation, soit en faisant appel à des prêtres spécialisés ; dans tous les cas, il faut des revenus importants.

Laisser un (bon !) souvenir dans la société
Trois cliquets de sécurité sont ainsi mis en place pour contraindre moralement l'homme à se bien comporter :

La fonction exercée devra avoir été correctement remplie afin d'avoir joui de la faveur royale.

Un testament doit pouvoir être rédigé afin que les biens du défunt passent à son héritier, ce qui n'est pas automatique. Il faut que le testament soit approuvé (scellé) par le vizir lui-même qui peut déshériter si les biens ont été mal acquis.

Le bon souvenir laissé à la collectivité, afin que la chapelle soit entretenue et non détériorée, et les formules de vie prononcées. Il faut s'être fait aimer de son vivant (il ne s'agit pas d'aimer l'autre !). Cette tâche ardue suppose qu'on a suivi la voie de la solidarité préconisée par la maât.
Les biographies dans les tombes précisent bien qu'on a donné à celui qui avait besoin (pain, vêtements, bateau…) qu'on n'a pas commis de péché de langue (médisance, calomnie…) et qu'on a rendu bonne justice.
Il s'agit, dans ces obligations impersonnelles, de s'assurer de la conformité de la vie du défunt à la règle générale. Ce comportement éthique est distinct de la carrière professionnelle.

ÉVOLUTION DES CONCEPTS

Ces conceptions évoluent au cours des diverses périodes de l'histoire.

(1) à l'Ancien Empire.

La maât est confondue avec la volonté du roi et suppose le service des hommes : la maât, c'est ce que dit le roi.
Elle n'est pas la carrière elle même, puisque celle-ci est spontanée et liée à l'ambition, mais la manière de la mener ; néanmoins, même séparés, une carrière exemplaire au service du souverain et la maât forment un binôme indissociable.

(2) à la Première Période Intermédiaire.

Après la chute de la monarchie d'Ancien Empire, la maât n'est plus consubstantielle à une carrière au service du roi. Le mot même de Maât, qui reste cependant identifié par les égyptiens au roi, à l'État, disparaît des inscriptions. Une vie conforme à la justice, équilibrée, vertueuse, peut seule conduire à l'immortalité.
La vertu de l'homme est maintenant le véritable monument :  : "un bon caractère est un monument" ; "c'est un monument de faire du bien" ; "le monument de l'homme est sa vertu" disent les textes.
Plus besoin de tombe ou de carrière royale. Peut-être les difficultés économiques ont-elles aussi joué dans cette nouvelle vision, car très peu de gens pouvaient avoir accès à un monument de ce type à cette période.

(3) Au Moyen Empire.

Grâce à une littérature dite "de propagande" (terme inadapté, mais il n'en est pas de plus proche), la monarchie réintroduit la notion traditionnelle de la maât- service du roi, comme indispensable à la survie post-mortem. Elle s'ajoute à une vie vertueuse et à la possession d'une tombe. Tombe et Maât deviennent inséparables.

(4) Par la suite, et surtout à partir du Nouvel Empire.

Après la chute du Moyen Empire et l'invasion des Hyksos, durant la Deuxième Période Intermédiaire, les Égyptiens ont compris qu'il n'était pas possible d'être assuré d'un monde terrestre stable où la maât régnerait sans partage. Ils en ont tiré une conséquence majeure : l'au-delà ne peut plus être une simple continuation de la vie terrestre. Le défunt ne peut plus se contenter de survivre. Il doit passer dans un autre état, celui de Dieu vivant immortel dans le royaume d'Osiris, et pour cela, il devra justifier ses actions sur terre devant un tribunal de l'Au-delà : c'est là une nouveauté fondamentale, qui sera reprise par le christianisme.
Pour acquérir ce nouvel état, il faut que le défunt soit soumis à des rites de passage, dont le plus important est le jugement devant le tribunal d'Osiris (entre autres, car l'enterrement lui-même, l'ouverture de la bouche…sont également des rites de passage).

Le jugement des morts constitue un rite initiatique important car c'est un tribunal divin qui autorise le passage à la partie immortelle de l'homme. Parmi les différentes parties de la personne qui se sont séparées au moment du décès, c'est le Ba (improprement, mais à défaut de mieux, traduit par âme) qui représente le mieux cette partie. Capable de se déplacer entre les mondes, le Ba est représenté comme un oiseau à tête humaine.
L'Enseignement pour Mérikaré nous avertit à propos du tribunal : "le tribunal n'est pas indulgent, pourtant c'est pour l'éternité, ce qui est là et celui qui y parvient sans délit à son actif, y sera là-bas comme un dieu".
Ceci illustre la nouvelle image qu'on se fait de l'homme qui devient responsable de ses propres actions par l'intermédiaire de ce que lui dicte son cœur.

Dans la tradition des textes funéraires remontant à l'Ancien Empire où la magie joue un rôle dominant, on a procédé à la mise en forme des actions ayant trait à Maât. On les a systématiquement codifiées, donnant ainsi le fameux Chapitre 125 du Livre des morts, celui qui contient la non moins célèbre "déclaration d'innocence". Elle résume sous forme négative, toutes les actions considérées comme non conformes à la maât, relevant de l'Isfet (le "mal", le désordre, l'injustice…), le contraire de la maât. Il s'agit de ne pas avoir tué, volé, maltraité, blasphémé, transgressé les tabous, etc.

Ainsi le défunt peut "se séparer de ses fautes", se purifier. À aucun moment il n'est question d'avoir fait quelque chose de positif.
On place donc le cœur du défunt sur un plateau de la balance et une image de la déesse Maât ou une plume d'autruche sur l'autre. S'il y a équilibre (et bien sûr, il y a toujours équilibre) le défunt devient apte à être introduit dans le monde des dieux; il devient un "maa-kherou", ce qui signifie un Juste de Voix, où, mieux, un acquitté.
On a beaucoup discuté sur la sincérité de cette déclaration et à quel degré elle engageait vraiment le défunt ; certains pensent qu'il ne s'agit que d'un tour de passe-passe magique pour que la balance pesant le cœur soit à l'équilibre, et ne lui accordent aucune valeur morale.
Remarquons que le cœur ne doit pas non plus être plus léger que la plume, sinon cela signifierait qu'il y a eu une absence d'action pendant la vie terrestre, faute aussi grave que l'accumulation de mauvaises actions.
Pourquoi avoir choisi (hieroglyphe Gardiner H6 ) comme emblème de la déesse Maât ? Parce que c'est la seule plume d'oiseau qui soit de largeur égale de part et d'autre de son axe central (Larousse.fr), ce qui suggère l'équité ; ajoutons que le moindre souffle ou mouvement (donc le désordre) l'animent. Cette dernière caractéristique en a fait également un attribut du dieu Chou, qui représente l'espace situé entre le ciel et la terre, donc l'atmosphère, le vent (le nom de la plume en égyptien, Chout, a également suggéré ce rapprochement).

Comme la maât intégrait l'homme dans la société humaine, elle l'intègre dans la société divine : il devient membre de la communauté des dieux et il a accès au pain-bière de la table d'Osiris. Maât devient ainsi une condition sine qua non, non seulement pour réussir sa vie terrestre, pour laisser une trace dans la mémoire collective et donc être quelqu'un pour qui on continue à agir sur terre, mais également pour passer l'examen de la balance du jugement devant Osiris.
Cependant, Osiris et le tribunal divin ne font que ratifier le jugement que la société a déjà porté sur le défunt. En effet, en laissant le mort se munir d'une tombe, d'un Livre des Morts et de tout le matériel complémentaire, la communauté des hommes a implicitement reconnu que son action sur terre a été conforme à l'éthique égyptienne, dont Maât est le symbole.

MAÂT LA DÉESSE

Présente dès les textes des pyramides, Maât devient à la XVIIIème dynastie fille d'Atoum-Rê et se confond avec Tefnout, la redoutable lionne solaire.
Elle peut ainsi incarner, parfois, une des déesses dites dangereuses. Maât-Tefnout et son frère Shou sont des principes qui à la fois précèdent et apparaissent en même temps que le dieu créateur Atoum-Rê. Dans un passage des Textes des Sarcophages, le dieu dit : "celle qui vit, Tefnout est ma fille, qui existera avec son frère Shou. Il s'appelle Vie. Elle s'appelle Maât".

Maât organise le monde en justifiant son émergence. Elle représente la réussite permanente du cosmos dont témoigne sa présence chaque jour renouvelée à la proue de la barque solaire. Cette perpétuité suppose un effort continu, nécessitant une collaboration des dieux et des hommes par l'intermédiaire du roi.
L'union de Rê et de Maât, dont témoigne notamment l'uraeus, explique l'embrasement continuel du soleil, tandis que, dans le même temps, la maât est présentée comme nourriture, boisson et onguent du dieu suprême ; bref, tout ce qui lui est bénéfique et lui permet de vivre est Maât : la fille d'Atoum-Rê rend à son père ce qu'il lui a donné, conformément à l'esprit de l'offrande égyptienne : on rend au dieu ce qu'il donne.
On "fait monter" la maât par la récitation divine de prières dans un incessant effort où l'on s'écoute l'un l'autre, où on agit l'un pour l'autre. Ainsi s'interpénètrent vie sociale et vie cosmique : elles sont le reflet l'une de l'autre. Si la société civile ne fonctionne plus selon la norme, c'est l'univers entier qui est menacé. Si Apophis, personnification du chaos toujours possible, n'est pas anéanti dans l'Au-delà, c'est la société civile qui sera désorganisée (guerre, rébellion..) et la monarchie déstabilisée.

MAÂT ET L'ÉTAT PHARAONIQUE

La structure du monde divin comme celle du monde humain est pyramidale.

Au soleil démiurge ordonnateur du ciel correspond le pharaon, ordonnateur de la terre. Le roi est installé pour réaliser (se-kheper), établir (se-mn) Maât et anéantir Isfet, son contraire. Il assure ainsi les conditions pour que le simple mortel puisse lui aussi, à son niveau, dire et accomplir Maât, ce qui est indispensable au fonctionnement harmonieux de la société.

Or établir Maât n'est pas un phénomène naturel, car la tendance spontanée des choses, c'est la dégradation, l'isfet (on pourrait dire l'entropie). Celle-ci se manifeste dans le désordre, la violence, la loi du plus fort, la disparition de l'ordre indispensable pour que le pays d'Égypte soit viable et prospère.
C'est le rôle du pharaon et de l'état de lutter par tous les moyens contre cette tendance spontanée à la désorganisation. Cet état égyptien si présent qu'il peut nous sembler étouffant n'a donc pour but - du moins c'est ce que véhicule son idéologie - que de rendre la vie des hommes et des dieux possible.

C'est pourquoi l'offrande principale que fait le roi aux dieux et qui est très souvent représentée, concerne l'offrande de la maât : elle résume tout. Dans une conception très classique d'agir pour qui a agi, il renvoie vers la divinité - qui s'en nourrit - le principe qui justifie sa fonction.
À l'époque amarnienne, la signification qu'Akhénaton donne à la maât a changé. J'ai abordé cette question dans l'article sur , je vous y renvoie.

LA TYRANNIE DE MAÂT ?

Maât a beaucoup contribué à construire un monde humain et nous apparait comme une très haute idée dont la naissance à une période aussi reculée est extraordinaire.
Mais Maât n'a pas que des côtés positifs, du moins de notre point de vue d'Occidental moderne. En effet on pourrait appeler tyrannie de Maât la tendance globalisante et antiindividuelle que véhicule cette idée.

La maât, c'est le conservatisme absolu, la négation de toute évolution sociale; c'est l'homme obéissant qui reste à sa place. L'individu n'a pas à se manifester en tant que tel, il n'a pas à réclamer d'autonomie. Il n'est qu'un maillon d'un tissu social global où il lui est demandé de se fondre. Toute tentative de modification de l'état des choses est non seulement dangereuse pour la société mais pour le cosmos lui-même.
Maât, en tant que concept, correspond donc parfaitement à la réalité sociale égyptienne, composée de sujets (et non de citoyens) dominés par un état omniprésent.

MAÂT ET LA PIÉTÉ PERSONNELLE

Dès la fin du Nouvel Empire, l'Égypte est de nouveau en proie à des troubles.
Les textes montrent que c'est une période d'instabilité et de grande angoisse, qui met à mal l'idée de la maât traditionnelle. Le destin individuel de l'homme devant son dieu supplante alors progressivement le destin de l'homme intégré dans une société idéale.

À la Basse Époque, l'idée d'un dieu personnel et surtout son corollaire, la piété personnelle, vont sonner le glas de la maât, car les deux notions sont incompatibles. En effet, l'homme n'est plus alors dépendant de ses relations avec les autres mais de la volonté du dieu. C'est ce dernier, et non plus le roi, qui établit la maât qui apparaît maintenant comme un don divin : l'homme place Dieu dans son cœur, disent les textes. Il est responsable devant lui, mais plus devant la collectivité : c'est l'apparition de l'individu, l'être seul face à son Dieu. Il s'agit d'une négation radicale de la maât traditionnelle qui combattait la tendance à l'individualisme.

Finalement, c'est la religion au sens judéo-chrétien du terme, l'irruption de la transcendance, qui fait disparaître la maât, et avec elle l'Égypte pharaonique dont elle était le support et le ciment.
La disparition de cette notion de solidarité verticale peut apparaître comme regrettable pour qui comprend bien le concept moral sous-jacent.
Elle aura une conséquence majeure : pour maintenir la cohésion sociale, il faudra une idée neuve, mais qui ne sera pas égyptienne, celle de la solidarité horizontale des égaux devant Dieu : la fraternité.