Les divinités funéraires - ou génies, car ils n'ont jamais eu de temple ni reçu de culte - ainsi désignées correspondent à Imset (Amste, Amsit), Hapy (Hapi), Douamoutef et Qebhesenouef (voir ). Ils sont attestés dès l'Ancien Empire, et on les retrouve dans les Textes des Pyramides.
Leur nom même prête à confusion : ils sont dits clairement dans plusieurs textes être les descendants d'Horus, mais nous verrons plus bas que cette filiation n'est pas univoque. Ils sont exclusivement en rapport avec un contexte funéraire.
Signalons que le nom "Quatre Enfants d'Horus" est synonyme de celui, plus connu, de "Quatre fils d'Horus". Il existe en effet un flou sur le sexe original d'Amsit, dont le nom est parfois représenté avec le "T" terminal du féminin.
Audrey Saulières, que je remercie, nous a fait parvenir deux photos des vases canopes d'un certain Anpouhotep, découverts au nord de la pyramide de Téti à Saqqara. Trois des bouchons à tête humaine sont peints en rouge avec barbe (), le quatrième est peint en jaune, à priori sans barbe (). Selon les conventions égyptiennes, il pourrait donc s'agir d'une femme.
Quoi qu'il en soit, par glissement progressif afin de s'adapter au mythe, ce génie est considéré comme masculin, justifiant le terme de "Fils". Les enfants d'Horus sont également connus par une quinzaine d'autres noms que B. Mathieu a colligé (voir biblio).
Cet auteur précise aussi qu'il ne s'agit pas des enfants d'Horus-fils-d'Isis, mais de ceux d'Horus l'Ancien (forme funéraire du dieu créateur et donc d'Osiris) et d'Isis, comme le montre cette formule tirée des Textes des Sarcophages : "Imséti, Hâpy, Douamoutef et Qebehsenouf, leur père, c’est Horus l’Ancien, leur mère, c’est Isis". À ce titre, ce sont des descendants du créateur, dont ils représentent une émanation quadripartite.

Deux versions différentes sont données pour chaque nom

Nous avons l'habitude de voir les quatre Enfants d'Horus sous deux formes principales : soit associés au lotus bleu qu'ils font émerger de l'eau primordiale, soit sous forme de bouchons fermant les vases canopes qui contiennent les viscères du défunt.

Néanmoins, à partir du Moyen-Empire, on les retrouve aussi avec une grande régularité dessinés ou sculptés sur les cercueils de bois comme sur les sarcophages en pierre.
Des amulettes à leurs effigies étaient volontiers introduites entre les bandelettes pendant la momification, surtout à partir de la Troisième Période Intermédiaire. Des filets à leur image recouvrant les momies sont également connus.
On a aussi retrouvé. À partir de l'époque de Ramses III, des effigies en cire des génies sont placées dans la cavité abdominale lors de la momification, élément nouveau et qui semble parallèle à la réintroduction des viscères dans la momie à cette époque.

Assimilés aux bras et aux jambes du défunt ou aux quatre piliers du ciel, les génies sont ainsi à même de porter le défunt, de lui apporter le bac du passeur, ou de fabriquer l'échelle avec laquelle il montera au ciel.

1) - Les Enfants d'Horus dressés sur un lotus

Cette représentation apparait à la fin de la XVIIIème Dynastie, sans réelle systématisation au début. Puis le motif des quatre personnages debout, figés selon un ordre précis, sur la corolle du lotus ouvert sera le canon standard de la XXème Dynastie jusqu'à l'époque romaine : Amsit (tête humaine), Hapy (tête de cynocéphale), Douamoutef (tête de chien) et Qebehsenouf (tête de faucon).

Le choix du lotus bleu est clairement en rapport avec la montée à cette époque de la cosmogonie Hermopolitaine. Celle-ci met en scène, à l'aube des temps, quatre personnages mâles qui fécondent le lotus primordial flottant sur les eaux abyssales du Noun (ou le Noun lui-même, d'où sortira la plante) ; lotus d'où jaillira l'enfant solaire, et donc la Création.
Mais à Hermopolis, c'est une Ogdoade de quatre créatures mâles et quatre créatures femelles qui a créé le monde.
Nous verrons plus bas comment les penseurs Égyptiens ont transformé les entités mâles en fils d'Horus, et les femelles en quatre déesses : Isis, Nephthys, Neith et Selket, et comment ils ont établi la relation entre les déesses, la naissance du soleil et celle des Enfants d'Horus.
Cette association Enfants d'Horus - déesses a été conservée sur certaines boîtes à canopes, comme celles de par exemple. Dans l'imbrication même des chapelles en bois doré, ce schéma est respecté, jusqu'au niveau du dernier récipient en calcite.

Les "Quatre Enfants" sont nés d'Isis comme l'indique la formule 112 du Livre des Morts :
"Quant à Amsit, Hapy, Douamoutef et Qebehsenouf, Horus est leur père et Isis leur mère. Alors, Horus dit : Mets deux frères à Bouto et deux frères à Hierakonpolis, de cette mienne corporation; ils seront avec moi, assignés pour l'éternité, afin que le pays prospère, et que le tumulte soit apaisé".
D'emblée, ils ont une connotation géographique en regard avec l'ensemble de l'espace où a été jeté le corps démembré d'Osiris, et sont donc en rapport avec la réunification, la reconstitution de celui-ci. C'est pourquoi ils sont aussi en relation avec l'oeil Oudjat, symbole de la reconstitution complète, achevée, du dieu Osiris qui a retrouvé la vie.

2) - Les représentations du lotus sur lequel se dressent les quatre Enfants

Elles peuvent varier, mais toutes sont en rapport avec Osiris.
Le dieu, debout ou assis sur un trône, repose toujours sur une estrade, qui est parfois biseautée, dessinant alors le hiéroglyphe "m3a"  Il est particulièrement indiqué, puisque sa forme évoque la berge d'un cours d'eau -en l'occurence bien sûr, le Nil (Servajean et Wörterbuch, II, 25,2-4). Et plus précisément, la berge au moment de la crue, quand -mythologiquement- les lymphes d'Osiris inondent les terres proches du fleuve, d'où dépassent les tiges végétales.
Issue de ses deux jambes (rd.wy), l'inondation ramène les eaux de l'océan primordial, le Noun, fertiliser une nouvelle fois les terres de l'Égypte. Remarquons au passage qu'il s'agit là d'une des raisons qui rendaient nécessaire le mythe de la mort et de la recomposition d'Osiris : l'Égypte ne pouvait pas vivre sans la mort puis la renaissance du Grand Dieu.
La plante peut pousser entre les jambes d'Osiris, ou directement de ses pieds, mais aussi de l'estrade elle-même, dans laquelle on a parfois dessiné les ondulations représentant l'eau. Elle peut-être représentée uniquement par sa tige, mais parfois aussi c'est son rhizome qui est mis en valeur, ce qui a donné naissance au hiéroglyphe Gardiner M31 :
Voici quelques représentations dans les tombes thébaines:

et

3) - Les Enfants d'Horus et les (vases) canopes

Les quatre génies participent à la reconstitution de l'intérieur ib du défunt (première explication mythologique)

 Ces notions ont été analysées finement par Thierry Bardinet : "le ib comprend la totalité des cavités corporelles situées derrière le coeur-Haty (= le viscère du coeur) dans le creux du corps qui forme ce que les Égyptiens appelaient le Shet, et qui correspondrait dans la terminologie moderne à la fois au ventre et au thorax. Le ib le remplit presque totalement. Cette position du ib dans le Shet, affirmée par les textes, n'indique pas une relation anatomique avec les intestins, ou avec différents organes, elle signifie qu'il n'y a pas d'élément du ib qui ne fasse pas partie intégrante du Shet, le coeur-Haty mis à part. […] Le ib est donc d'une grande complexité anatomique…les viscères étant simplement des endroits anatomiques particuliers du ib"

On comprend dès lors le rôle des quatre Enfants d'Horus dans la reconstitution de l'intérieur ib, ainsi que leurs rapports avec les vases canopes.
La correspondance entre le contenu des vases n'est cependant pas toujours parfaitement en accord avec les données textuelles.
Ces dernières mettent en relation théorique, dès la fin de l'Ancien Empire :

• Amsit avec le foie

, la déesse Isis, les pieds, la ville de Hierakonpolis en Haute-Égypte, le Sud

• Hapy avec les poumons

, la déesse Nephthys, les mains, la ville de Bouto dans le Delta, le Nord

• Douamoutef avec la rate ou l'estomac

(ce n'est pas toujours clair), la déesse Neith, les mains, la ville de Bouto dans le Delta, l'Est

• Qebehsenouf avec "les intestins"

, la déesse Selket, la ville de Hierakonpolis en Haute-Égypte, l'Ouest

a) - Aspects anatomiques pratiques

Au cours de la momification, les trois premiers viscères cités ci-dessus sont extraits, et puis il y a le reste.
Dans ces tissus restants prédominaient l'intestin grêle et le colon bien sûr, reconnaissable histologiquement (ça, c'est le travail des anatomopathologistes, comme moi). Ce qui fait qu'on a longtemps pensé que seuls ces viscères étaient présents, alors qu'ils étaient simplement majoritaires.
Qebehsenouf a en fait la garde de tout ce qui reste dans le Shet après extraction des poumons, du foie et de la rate. Il recueillait aussi les liquides (sang, lymphe, …) qui s'écoulaient lors de l'éviscération. Ceci lui donnait des liens particuliers avec les éléments liquides mettant en relation les eaux primordiales (Noun) - les "humeurs" d'Osiris- et la crue du Nil (dont il est dit explicitement qu'elle provient de l'écoulement des humeurs d'Osiris, en particulier par ses jambes). Qebehsenouf peut d'ailleurs être représenté sous forme d'un poisson.

Le viscère cardiaque restait dans la momie ainsi que les reins. Si pour le coeur, la signification symbolique que les Égyptiens lui accordaient explique aisément sa présence (siège de la pensée, des émotions, de la personnalité, des sens, de la mémoire…) celle des reins est moins claire.
Par expérience professionnelle, je pense qu'une partie au moins de l'explication tient à des raisons purement pratiques. En effet, les reins sont des organes rétropéritonéaux, profondément situés et d'atteinte difficile pour quelqu'un qui passe par une petite incision latérale. De plus, leur ablation crée une véritable "brèche" dans la cavité péritonéale, ce qui a peut-être été jugé inapproprié. Une autre hypothèse est que ces organes, situés hors du Shet, n'étaient pas considérés comme plus importants que les tissus mous.

b) - Aspects mythologiques

La formule 151A du Livre des Morts rend compte (entre autres) des rôles spécifiques de chaque entité :
•  "Paroles dites par Amsit : je suis ton enfant, N.; je suis venu pour être ta protection; j'ai maintenu ta demeure de façon tout à fait durable, conformément à ce qu'a ordonné Ptah, conformément à ce qu'a ordonné Rê "
•  "Paroles dites par Hapy : Je suis venu pour être ta protection, Osiris N.; j'ai rattaché ta tête et tes membres, et j'ai frappé pour toi tes ennemis sous toi; je t'ai redonné ta tête, pour toujours"
•  "Paroles dites par Douamoutef : Je suis ton enfant, Horus bien-aimé, N. ; je suis venu protéger mon père Osiris de celui qui agit (contre) toi : je le mène sous tes sandales"
•  "Paroles dites par Qebehsenouf : je suis Qebehsenouf; je suis venu pour être ta protection, N.; je t'ai rassemblé tes os, je t'ai réuni tes membres, je t'ai apporté ton coeur et je le remets à sa place dans ton corps; j'ai maintenu ta demeure après toi."

Directement inspirée de ce chapitre 151, la paroi nord de la tombe TT96 de Sennefer peut résumer la disposition des éléments protecteurs et régénérants du caveau. On remarque d'abord le découpage en espaces clos mais imbriqués. Le corps momifié dans son cercueil noir en occupe le centre. Ànubis pratique sur lui le rite du réchauffement du coeur, et il est veillé par Isis et Nephthys. Au milieu des quatre parois, les quatre "briques magiques" qui étaient enfouies dans chaque mur (une mèche enflammée, un pilier Djed, un cercueil miniature et une représentation d'Anubis)
Et nous trouvons, aux quatre angles du rectangle intérieur, les quatre Enfants d'Horus (dont les noms ne correspondent d'ailleurs pas aux têtes…) qui participent activement à la reconstitution du défunt.

Selon le chapitre 17 du Livre des Morts, les quatre fils sont placés en protection du sarcophage d'Osiris par Anubis : "Quant aux sept Esprits, C'est Amsit, Hapy, Douamoutef, Qebehsenouf, Maanitef (= celui-qui-voit-son-père), Kheibaqef (= celui-qui-est-sous-son-olivier) et Menkhetyenirty; ils ont été placés par Anubis en protection du sarcophage d'Osiris.". Signalons cependant que, quelques lignes plus loin, lorsqu'on évoque une nouvelle fois ("Autre version") les sept Esprits, il n'est plus question d'eux…

4) - Pourquoi y a t'il quatre canopes ?

Comme le démontre Frédéric Servajean, il n'y a pas quatre canopes parce qu'il y a quatre viscères, mais parce que c'est le chiffre quatre qui est recherché.
Les raisons en sont complexes, et plutôt liées à des préoccupations physiologiques que mythologiques. Il faut chercher du côté de l'idée que les Égyptiens se faisaient de la filiation, et notamment de ce qui revenait à chaque parent.
La mère (ici Isis) transmet à son enfant (ici Horus) la moitié de son être-ib, et bien sûr idem pour Osiris. Horus ne peut donc pas recomposer son père puisqu'il ne porte en lui que la moitié de son essence. Ses propres "enfants" ne possèdent plus, eux, que le quart de l'être-ib de leur grand-père Osiris. Il faut donc qu'ils soient quatre pour le reconstituer intégralement. Et cette recomposition ne peut avoir lieu avant la deuxième génération.
Or nous savons bien que, selon le mythe, la renaissance d'Osiris en être complet (Oun-nefer) est le fait d'Isis, qui ne peut donc qu'être la mère des quadruplés.

5) - Il existe une autre tradition

(deuxième explication mythologique)

Celle-ci est directement calquée sur celle d'Héliopolis : les quatre Enfants d'Horus seraient issus du sperme de…Seth.
Après qu'Horus a recueilli dans ses mains la semence du dieu Seth, son oncle, qui essayait de le violer, il la rapporta à sa mère Isis qui, horrifiée, coupa les mains de son enfant et les jeta dans le marais. Le sperme féconde alors le lotus primordial qui jaillit hors de l'eau et s'ouvre, donnant naissance soit au soleil, soit aux quatre Enfants d'Horus.
Le rapport entre Enfants d'Horus et mains coupées d'Horus est donné par la formule 113 du Livre des Morts : "Alors Rê dit : je donne Hierakonpolis à Horus pour être le site de ses mains' […] Alors Horus dit : 'Donne-moi donc aussi Douamoutef et Qebehsenouf, pour que je les garde, car c'est mon groupe séditieux ! Ils seront installés là-bas, sous la dépendance du dieu d'Hierakonpolis".

Quoi qu'il en soit, les rapports que nous avons déjà vus entre les quatre Enfants (en particulier Qebehsenouf) avec le milieu liquide nous expliquent aussi pourquoi ce sont eux qui rapporteront du fond de l'eau des fragments du corps des dieux mutilés, comme la tête d'Osiris ou les mains d'Horus. Ainsi il est dit (Papyrus Jumilhac) : "c'est la tête de ce dieu que l'on rapporte dans le filet des Enfants d'Horus". Rappelons à ce sujet que la pêche au filet est une simple métaphore de la reconstitution de l'intérieur-ib (Th. Bardinet).

6) - Autres rôles

Les quatre Enfants d'Horus interviennent également dans le parcours nocturne du soleil. C'est ainsi qu'ils peuvent enchaîner certains serpents dangereux, alliés d'Apophis qui essaie de renverser, nuit après nuit, la barque solaire. Ils sont représentés à la partie ouest des plafonds astronomiques des tombes Ramessides.
On leur a attribué des correspondances astronomiques dans le ciel du sud et dans le ciel du nord. Certains textes, assez confus, mentionnent une corrélation astronomique des Enfants avec Seth. Le chapitre 17 du Livre des Morts nous dit : "Qui est-ce? Les maîtres de vérité, c'est Seth et Isdes, Maître de l'Occident. La corporation divine autour d'Osiris, c'est Amsit, Hapy, Douamoutef et Qebehsenouef ; et ce sont ces dieux qui sont derrière la Cuisse dans le ciel du Nord". La Cuisse désigne la Grande Ourse, dont les étoiles dessinent une cuisse, qui serait la cuisse de Seth que garde enchaînée la déesse Thoueris. Ils empêcheraient ainsi Seth de rejoindre Orion, constellation en lien avec Osiris, dans le ciel du Sud.

On les retrouve également, sous une forme très originale, dans  : Amsit et Hapy sont coiffés de la couronne rouge de Basse Égypte, tandis que Douamoutef et Qebehsenouf portent la couronne blanche de Haute Égypte. Il faut revenir à la décoration des cercueils pour comprendre : les inscriptions concernant deux des Enfants, en général Amsit et Hapy, sont placées près de la tête, donc au nord. Les deux autres sont placées aux pieds, donc au sud. On retrouve ici cette répartition géographique dans les couronnes.

7) - Les (vases) canopes ont grandement varié selon les époques

.

À l'ancien Empire, les canopes n'étaient pas toujours des vases, mais pouvaient être des excavations aménagées dans la tombe elle-même et qui recueillaient les viscères momifiés du défunt. Le premier exemple royal attesté se trouve à côté du sarcophage de Khephren.
Des vases en bois ou en pierre étaient aussi utilisés. Ils étaient fermés par des bouchons bombés ou plats, sans forme particulière.

À partir de la première période intermédiaire, les bouchons commencent à représenter des têtes humaines, tandis que le contenu des vases lui-même est parfois décoré. À cette époque, il semble que ces têtes anthropomorphes étaient conçues comme représentant le défunt lui-même et non un dieu ou un génie.

Les inscriptions sur les boîtes contenant les vases, initialement réduites au nom et au titre du défunt s'étoffent également, pour ressembler de plus en plus aux textes des cercueils eux-mêmes.

Vers la fin du Moyen-Empire, un type "canonique" était fixé, bien que souvent pris en défaut : une boîte de pierre (= sarcophage) entoure une boîte de bois (= cercueil) compartimentée en quatre, chaque case contenant un vase à bouchon en forme de tête humaine auquel est associé un des Enfants d'Horus. Les déesses protectrices entourant les boîtes, bras étendus pour embrasser la totalité du défunt.

MATÉRIEL FUNÉRAIRE DE LA TOMBE DE TOUTANKHAMON

Au début de la XVIIIème Dynastie, les cercueils rectangulaires ont définitivement disparu au profit des anthropomorphes. Parallèlement, les boîtes à canopes se sont rapprochées de la forme d'un naos de temple, souvent placé sur un traîneau (voir ci-dessus celle de Toutankhamon).
La forme des bouchons évolue elle aussi, avec apparition de variantes à tête animale sur trois des vases. Cette évolution résulte d'un important glissement conceptuel : les vases ne renferment plus le défunt, mais bien les génies mêmes qui constituent des aspects de la personne totale du défunt.

Ainsi dans la tombe de Basse Époque de Pétosiris (datant de la seconde domination perse, fin du IVème siècle av.J.-C.), nous voyons clairement le nouveau sens qu'on leur avait assigné. Chacune des divinités porte au défunt une partie de son être, qui s'est désintégré au moment de la mort. Il ne s'agit donc plus seulement d'une reconstitution du corps-Shet, mais bien de l'individu tout entier. C'est ainsi que nous voyons les quatre fils apporter à Petosiris, en procession : son Ka, son coeur-ib, son Ba et la momie-Sah ().

Signalons que, pour les personnes royales, les "vases" pouvaient être des cavités creusées dans un bloc de pierre dure, coiffées d'un bouchon, et contenant les viscères dans des cercueils miniatures. Le meilleur exemple est celui de .
Nous présentons également ci-dessous les magnifiques vases de Touyou, père de la reine Tiy qui fut Grande épouse Royale d'Amenophis III, exposés il y a quelques années au musée égyptien du Caire.

MATÉRIEL FUNÉRAIRE DE LA TOMBE DE TOUYOU

8) - Épilogue

À partir de la XXIème Dynastie, tout change. Les viscères momifiés sont le plus souvent remis dans la momie, notamment chez les particuliers (pour des raisons religieuses, et peut-être aussi économiques), rendant théoriquement l'usage des vases redondant.
L'usage des canopes ne disparaît cependant pas complètement, car la tradition était fermement établie. C'est ainsi que des vases vides peuvent accompagner la momie, ou des coffrets en bois en forme de naos, sur lesquels sont peints les génies. Parfois même les vases sont remplacés par des jarres factices, en pierre non évidée.
Malgré tout, cette tradition finira tout de même par disparaître, et il n'en est plus question à l'époque ptolémaïque.

Par contre les représentations des quatre Enfants d'Horus perdureront encore jusqu'à l'époque romaine et on en rencontre encore au IVème siècle après J.-C.