La tombe d'Ouserhat, TT176

Le monument vient de faire l'objet d'une en 2012 par Bram Calcoen (assistée de Christiane Müller-Hazenbos). Nous nous en sommes inspirés, avec l'accord des auteurs, que nous remercions, car, étant donné leur interrelation, il apparaissait difficile de présenter la tombe d'Amenemopet TT 177 sans parler de celle d'Ouserhat TT176.

Ouserhat et sa famille

Depuis le passage de Lise Manniche en 1972, nous savons que le propriétaire s'appelle Ouserhat et non Amon-ouserhat, le nom d'Amon fait en effet partie du titre du défunt; celui-ci est relativement modeste : "Serviteur d'Amon" ou une variante : "Serviteur aux mains pures" ; "Serviteur excellent". Il s'agit donc d'un fonctionnaire de l'énorme administration que représentait le domaine d'Amon. Comment ce fonctionnaire subalterne a-t-il réussi à se faire aménager une demeure d'éternité, nous ne le saurons jamais. Quelques rares personnages portant le même titre sont attestés dans la nécropole (essentiellement sur des cônes funéraires).
La sépulture est datée du règne de Thoutmosis IV (1400-1390 av. J.-C.) ; la situation en bas de la colline de Khôka ainsi que la petite taille de la tombe sont conformes au statut social d'un fonctionnaire comme Ouserhat à cette époque.
Du fait du caractère incomplet du décor et des zones de destruction, aucun nom de membre de sa famille ne nous est parvenu.

On n'a retrouvé aucune trace de l'équipement funéraire, ni aucun objet qu'on puisse attribuer avec certitude à Ouserhat.

Architecture et dÉcoration

La chapelle comporte un petit couloir d'entrée qui donne presque immédiatement sur une salle transversale avec une toute petite salle longitudinale terminée par une niche dans le mur du fond (type IIa de Kampp). La véritable entrée de la tombe se trouve actuellement enfouie sous le gebel, de même que la cour commune aux deux tombes TT176 et TT177. L'entrée dans la tombe d'Ouserhat se fait donc actuellement par la brèche dans son mur sud qui la fait communiquer avec celle d'Amenemopet.
Il est donc impossible de dire quoi que ce soit sur la façade de la tombe.

Les parois de pierre ont été enduites d'une épaisse couche de mouna (jusqu'à 30cm d'épaisseur) revêtue ensuite d'une couche de plâtre fin. Le décor, dont une très grande partie est perdue, présente une bonne qualité d'exécution, variable cependant selon le statut social de la personne représentée. Il est presque entièrement réalisé sur fond blanc. À la base de toutes les parois, sous le décor, court un bandeau horizontal formé de deux larges bandes, une jaune et une rouge, cernée chacune par des lignes noires.

Nous allons examiner les différentes parois en nous basant sur la numérotation qui leur a été donnée dans le Porter & Moss (PM).

Salle transversale

1) - Le petit couloir d'entrée (PM 1)

Sur le côté nord ne persistent que les jambes et les deux pieds chaussés de sandales du propriétaire. Il tenait en main une longue pièce de tissu dont on voit l'extrémité inférieure.
Sur le côté sud on trouve un texte : "Une offrande que donne le roi à Amon-Rê, maître du trône des Deux Terres, (à) Mout, maîtresse du ciel. Qu'ils donnent vie, prospérité, santé, perspicacité devant son seigneur. Pour le ka du serviteur d'Amon, Ouserhat, dont la vie est renouvelée".

2) - Mur nord (PM 2)

Du fait de la conformation du terrain, ce mur est situé au sud rituel. Il comporte quatre registres sur sa partie gauche, la seule encore existante.

a) - Registre 1 (supérieur)

Il est quasiment détruit aujourd'hui. Il comportait un bateau avec au moins sept rameurs et des passagers accroupis, semblant flotter dans l'air. Il s'agit de la manière habituelle de représenter les barges de transport et leurs passagers.

b) - Registre 2

Deux hommes, vêtus d'un pagne court, portent un panier à l'aide de barres de bois reposant sur leurs épaules. Le panier est savamment représenté, avec une architecture constituée de branches fines (en rouge) reliées par des liens végétaux (en vert). Le panier est rempli autant que faire se peut avec des tiges de céréales. En bas, à droite du porteur arrière, on devine les restes d'un fourré de papyrus.

c) - Registres 3 et 4
Nous trouvons ici une version abrégée du voyage rituel en Abydos, haut lieu saint d'Osiris, afin de participer aux mystères du grand dieu de l'au-delà. On ignore si ce pèlerinage était effectivement effectué par les vivants ou était purement symbolique, mais le fait de le représenter en tient lieu et le renouvelle éternellement.
Le bateau, identique dans les deux cas, flotte sur un rectangle bleu qui représente le Nil. Il est constitué d'une coque verte, avec une proue et une poupe qui se terminent en forme d'ombelle de papyrus ; ce genre de bateau doit normalement être tracté par un autre, absent ici sans doute par manque de place. Le voyage aller, qui consiste - depuis Thèbes - à se laisser porter par le courant vers le nord, se trouve sur le registre le plus bas (4), représenté par un bateau sans voile. Le voyage de retour se fait vers le sud, ce que symbolise la voile gonflée par le vent du nord. Dans une cabine de pont, le défunt est assis, seul, sur un siège à pattes de lion, crâne rasé et vêtu d'un pagne court. Il tient en main une tige de lotus, symbole de renaissance, dont la fleur se trouve devant son nez. On ne comprend pas pourquoi le peintre a représenté le défunt si petit dans la barque du bas.
Un détail troublant est l'absence d'épouse, car cette dernière accompagne toujours en principe le défunt dans les scènes de ce type. Le décor de la tombe ne livre pas de nom d'épouse, mais nous avons déjà vu qu'il est très incomplet.

3) - Mur nord-est (PM 3)

Il comporte trois registres.

Celui du haut, vierge, n'a même pas reçu sa couleur blanche de fond.

Le registre médian ne comporte plus que la partie basse. À gauche, Ouserhat se tenait appuyé sur un bâton tandis que s'approchaient de lui un prêtre vêtu d'une peau de panthère et un porteur d'offrandes.

Le même type de scène se retrouve dans le registre du bas, beaucoup mieux conservé. Ici, les protagonistes se tiennent sur des nattes. Ouserhat (ou sa statue ?) un pied en avant, tient en main une longue canne. Devant lui, un prêtre revêtu d'une peau de félin fait une libation d'eau à l'aide d'un vase rouge à col bleu. Derrière celui-ci, un autre prêtre au crâne rasé fait une fumigation d'encens.
Sur leur droite, ces deux registres sont bordés par un motif en chaînette, noir avec un ovale central rouge cerné de blanc.
Les hiéroglyphes qui se trouvent sur la droite appartiennent à l'entrée de la seconde salle, nous en reparlerons.

4) - Mur ouest (coté sud) PM 4

On y trouve les restes fragmentaires de quatre registres montrant une scène de banquet, avec des convives assis, des servantes et, sur le registre inférieur de grosses jarres posées sur des supports qui les maintiennent verticales. Les dégâts aujourd'hui sont tels qu'on ne peut que se baser sur les photos de Schott et sur .

a) - Registre supérieur (1)

Il se résume à deux jambes.

b) - Registre 2

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Il montre, à droite, un homme assis sur un siège ; une jeune servante, vêtue d'une longue robe transparente, est penchée sur lui ; derrière elle, une autre servante tient un récipient contenant on ne sait quoi, peut-être un onguent ?

c) - Registre 3

Sur la droite se trouvent deux groupes de trois et deux femmes agenouillées. Le second groupe est presque détruit. La première femme du premier groupe tient en mains deux tiges de lotus, la seconde tend une main vers un bol plein de fruits, la troisième tend une coupelle à une petite servante. Celle-ci porte deux petits vases (trop petits pour contenir du vin et encore moins de la bière) et vide le contenu de l'un d'entre eux dans la coupelle qui lui est présentée.

d) - Registre 4

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Une jeune servante, en tous points superposable à la précédente, verse le contenu de son petit pot dans la coupe que lui tend cette fois un des trois hommes assis sur un tabouret léger. Ils ont le crâne rasé et leur poing gauche serré est posé sur un genou. Du côté gauche, on trouve de grandes cruches bouchées contenant du vin ou de la bière.

La "scène du banquet" est une représentation majeure, qui ne manque jamais dans les tombes de la XVIIIe dynastie (Manniche). Un bien étrange banquet, centré sur la boisson. Car, pour atteindre l'état second qui permet la libération de l'esprit et le débridement des sens, on y boit beaucoup (et pas de l'eau !), parfois jusqu'à en être malade, mais on ne mange pas ou peu. Il semble certain qu'aux coupes de vin s'ajoutaient des breuvages psychotropes, sans doute contenus dans les petits vases que tiennent les servantes. Les participants sont tous jeunes, mais il n'y a aucun enfant. La fleur de lotus est très présente, dans les mains ou dans les perruques des hôtes, mais aussi dans les cadeaux qui leur sont faits. Le banquet est sous le patronage d'Hathor, déesse de la joie, de l'ivresse et de l'amour. Moyen de communiquer privilégié entre les vivants et leurs défunts, le banquet est censé se renouveler chaque année lors de la Belle Fête de la Vallée qui voit le dieu Amon visiter les tombes et les temples de la rive ouest.

5) - Mur sud PM 5

Toute la partie gauche a disparu lorsque l'ouverture de communication avec la TT177 a été percée au XIXe siècle. Le reste de la paroi comporte des fragments de trois registres.

a) - Registre supérieur

Il ne conserve que le fragment d'un corps de femme.

b) - Registre médian

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De grandes jarres jaunes et blanches à anse double sont disposées verticalement sur des reposoirs en bois. Elles sont décorées de lignes horizontales sur la panse et le col, et scellées par des bouchons hémisphériques. Elles sont entourées de branches feuillues décoratives. Une jeune fille ne portant pour tout vêtement qu'une ceinture de perles tient dans une main au moins (et peut-être dans les deux), un chasse-mouches. Derrière elle on distingue le bas des jambes d'une autre fille lui tournant le dos pour se diriger vers la gauche.

c) - Registre inférieur

Un couple, resté anonyme car les colonnes au-dessus d'eux, qui auraient dû accueillir du texte, sont restées vides, est assis du côté droit, tourné vers la gauche. Il pourrait s'agir d'Ouserhat et de son épouse, mais rien n'est moins sûr : les parents du défunt pourraient eux aussi bénéficier de cette représentation de choix. Devant eux se dresse une table d'offrandes par-dessus laquelle une jeune fille leur offre des fleurs. La comparaison de l'état actuel de la scène avec la photo prise par Schott () montre les dégâts irréparables dus aux tentatives de découpage des scènes.
On voit particulièrement bien la différence de carnation entre le rouge cuivré de l'homme et le jaune des femmes (une distinction qui tendra à disparaître ultérieurement à la XIXe dynastie). L'épouse est vêtue d'une robe blanche qui prend un aspect orangé dans sa partie supérieure (remarquons qu'elle n'a pas de cône d'onguent sur la tête, or la fonte de ce dernier sous l'effet de la chaleur a parfois été invoquée pour expliquer la couleur orangée de la partie supérieure des vêtements). Sa perruque est frisottée, terminée par des mèches et doublée d'un bandeau floral ; elle porte un large collier et des bracelets de perles colorées. Elle passe un bras autour de l'épaule de son mari tandis que son autre main tient son avant-bras, une attitude très classique qui indique le rôle (sexuel) qu'elle va jouer dans la renaissance du défunt ; le flacon de parfum sous son siège entre dans la même logique. L'homme porte le cône festif. Une de ses mains, repliée sur la poitrine, serre une étoffe (?), l'autre repose à plat sur un genou. Lui aussi arbore un grand collier sur la poitrine.
La jeune fille devant le couple avait un visage très délicatement dessiné, avec une perruque et une robe identiques à celles de l'épouse assise. Elle tend au couple trois tiges de lotus aux fleurs ouvertes, un symbole de renaissance. Entre eux se trouve une table d'offrandes sur laquelle sont posés des pains et une botte d'oignons, tandis qu'au pied se trouve une cruche bouchée.
Les deux colonnes de hiéroglyphes encore partiellement lisibles disent : "[…] afin qu'il t'accorde un bel âge avancé dans Thèbes, la joie dans ton coeur et le bonheur, chaque jour".

6) - Mur sud-est PM 6

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Tout ce qu'il en reste est une scène fragmentaire montrant le défunt assis devant les deux bras émergents d'un sycomore d'une déesse arbre, qui offre des figues. Sous le siège se tient un petit singe.

La "salle" longitudinale

Il ne s'agit pas vraiment d'une salle, car l'endroit est très petit ; à l'extrémité est, une niche est aménagée dans le mur. Le plafond comportait un motif géométrique aujourd'hui perdu.
De chaque côté de l'ouverture, les jambages portent deux colonnes de hiéroglyphes bleu passé sur fond jaune ; on peut s'en faire une idée sur la partie droite de l'image illustrant le mur nord-est (voir plus haut). Il s'agit de fragments de prières banales. Sur la partie centrale du linteau persiste une esquisse d'Anubis.

1) - Mur nord

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a) - Registre supérieur

Il se réduit à une esquisse sur le fond de mouna ; même la couleur blanche de fond n'a pas été appliquée.

b) - Registre médian

Un prêtre, vêtu d'une peau de félin et portant un encensoir, s'approche d'un homme assis sur un siège à pattes de lion posé sur une natte. Entre eux se trouvent des cruches posées sur une table basse en bois.

c) - Registre inférieur

Il ressemble beaucoup au précédent. Ici, le prêtre ne tient pas d'encensoir, mais agrippe une des pattes de sa peau de félin. Et cette fois, ce ne sont plus des boissons, mais de la nourriture (pains, fruits) qui est posée sur une table monopodale. Deux cruches se trouvent cependant en dessous.

2) - Mur sud

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Lui aussi comporte trois registres, dont celui du haut a quasiment disparu : il montrait une barque (funéraire sans doute) sur un traîneau.
Ce qui reste du registre médian montre qu'un prêtre avec une peau de félin, suivi d'un second, s'avançait vers un homme assis. Le registre du bas est constitué par un empilement de provisions de bouche les plus diverses et de plusieurs jarres de vin et de bière, ainsi que des fleurs de lotus. À droite se tient un prêtre qui les présente au défunt.

3) - Mur est

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Une niche est aménagée dans la paroi, destinée à contenir une statue du défunt. Elle ne porte aucun décor.
De chaque côté de l'ouverture, on trouve un encadrement formé par une colonne de texte noir sur fond blanc (on l'aperçoit sur la droite de l'image du mur nord, voir ci-dessus). Texte de gauche : "[Une offrande que donne le roi]… qu'il accorde de respirer le doux vent pour le ka du serviteur d'Amon, Ouserhat". Texte de droite : "Une offrande que donne le roi à Anubis, seigneur de la Terre Sacrée. Qu'il accorde vie, prospérité, santé, au ka du serviteur d'Amon, Ouserhat". Le linteau comportait deux images symétriques d'Anubis en canidé noir, accompagnées d'un court texte.

Pour conclure, signalons que le nouvel aménagement réalisé par le Service des Antiquités a placé l'entrée des tombes au fond d'un véritable puits : on peut être certain que si les pluies torrentielles qui ont affecté en 1994 la région thébaine se renouvellent, l'eau pénétrera dans les chapelles, au moins dans la TT177 ()…